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Vos témoignages !

Témoignages récents

Les stages de médecine ne m’ont jamais autant fait douter de moi

Stagiaire / Hôpital / Clinique / Médecine générale / Femme

Durant mes études de médecine, j´étais très stressée en ayant toujours peur de ne pas savoir assez et d´échouer, mais l´entrée dans les stages de médecine ont été un moment amer pour moi et surtout les stages intra-hospitalier. Je ne me suis jamais sentie aussi nulle et inutile de ma vie qu'en stage de médecine,Durant mes études de médecine, j'étais très stressée en ayant toujours peur de ne pas savoir assez et d'échouer, mais l'entrée dans les stages de médecine ont été un moment amer pour moi et surtout les stages intra-hospitalier. Je ne me suis jamais sentie aussi nulle et inutile de ma vie qu'en stage de médecine.

Je me souviens d’un chirurgien qui m’a littéralement balancé mes 4 vérités et ce qui l’énervait chez moi devant des patients en consultation, comme ça et pour me reparler normalement juste après comme si de rien n’était, comme si je devais faire comme si ses paroles ne m’avaient pas affectée. Je ne compte plus le nombre de jours ou je pleurais au téléphone avec ma maman en lui disant qu’ils avaient raison, que je n’étais pas assez bien pour ce métier, que j’étais nulle et incapable. Tous les jours, je me réveillais la boule au ventre avant de partir au bloc, ne faisant plus attention à moi, me levant comme pour effectuer des tâches ingrates de tenir des instruments pendant 4h sans voir 1 seule chose et devant rigoler à leurs blagues misogynes dans le bloc.
J’ai aussi une fois dû tenir une salle d’hospitalisation seule, sans superviseur et sans savoir quoi faire, avec des infirmières venant constamment me demander ce que je devais faire et levant les yeux au ciel lorsque je leur disais que je ne savais pas ( j’étais stagiaire, mon rôle était justement d’apprendre et pas de donner des indications médicales) j’avais droit à des remarques de leur part en me demandant si j’étais bien en dernière année en me faisant très bien comprendre que mon niveau était médiocre, piques et moqueries ont fusé ces 15 jours-là.
Quand j’y repense, tout ceci me dégoute et je suis dégoutée du travail en hôpital, je ne comprends pas pourquoi certaines personnes prennent encore de l’énergie à détruire le peu de confiance qu’il reste chez une autre personne. Nous les stagiaires nous ne sommes pas encadrés, on attend de nous de tout savoir et d’être compétents dès le premier jour de stage, et si nous sommes un peu sensibles et qu’on ne s’affirme pas assez, on nous marche dessus. J’ai détesté cette période de ma vie et si c’était à refaire, je ne le referai sûrement pas, je choisirais une autre filière d’étude.

Perte de sens, Déshumanisation, Manque d’encadrement – mars 2020

Quand un soutien psychologique est offert à tous, sauf à nous

Stagiaire / Hôpital / Clinique / Femme

On voit des choses extraordinaires lors de nos stages, des choses qui nous ont fait rêver depuis longtemps, mais on voit aussi des choses douloureuses, affreuses et parfois inhumaines. Dans les hôpitaux il existe des cellules de soutien psychologique pour aider les familles à faire face à ce genre de choses, pour les aider à faire le premier pas dans leur vie suite à ces nouvelles dramatiques. Mais QUID des médecins, des étudiants, des infirmiers, du personnel soignant? On oublie que nous aussi nous sommes des humains, dotés d'un coeur et d'une âme, et que nous faisons face non pas à une nouvelle dramatique mais à plusieurs, et ce parfois des jours consécutifs, et nous devons faire face.

Mais comment faire face quand personne n’est là pour écouter notre détresse? Pour nous aider à prendre cette tristesse et à la supporter?
J’ai vécu un stage en néonatalogie extrêmement difficile, où j’étais étonnée de voir comment l’encadrement psychologique des parents vivants des drames insupportables était merveilleux tandis que celui offert aux soignants était presque inexistant. Je suis rentrée chez moi, en ayant assisté à mon premier décès, celui d’un petit bout d’à peine quelques jours, seule, en larmes avec personne à qui parler et personne pour m’aider à comprendre pourquoi cette situation provoquait une telle réponse émotionnelle en moi. J’ai donc « encaissé », puis est venu le drame suivant, à encaisser lui aussi. Toutes ces situations sont donc finalement enterrées en moi, mais à la première occasion tout ressort et des crises de larmes explosent, parfois elles explosent en voiture sur un long trajet entre l’hôpital et chez moi, parfois dans mon lit, parfois à un repas de famille avec des yeux plein d’incompréhension me regardant tout autour de la table.
Alors une question me vient : comment accompagner les patients dans leur souffrance, comment les soutenir et les aider quand nous même nous souffrons et que nous ne voyons aucune solution pour nous défaire de ce fardeau ? Je pose là une question ouverte, mais aussi un message d’alerte. Avant de restructurer les hôpitaux, de créer de nouveaux centres, d’augmenter les salaires des têtes bien pensantes, ne serait-il pas judicieux d’investir dans le bien être du personnel soignant, en vue d’offrir des prestations de soins de qualité pour tous?
Une étudiante en médecine déjà fatiguée par notre système défaillant.

Manque d’encadrement – février 2020

Ouf … J’aime encore mon métier

Assistante / Cabinet / Femme

Ma première année d'assistanat en MG fût très rude en cadence (35patients/j - 5j/semaine) mais tellement enrichissante que jamais je ne finissais ma journée avec un regret. De la fatigue , des doutes et des questionnements sur la manière d'équilibrer ce métier-passion avec ma vie privée : ça oui. Mais jamais je n'ai remis durant cette première année le métier de médecin généraliste en doute : apprenant chaque jour de nouvelles techniques, de nouveaux traitements, recevant chaque jour des MERCIS des patients accompagnés. Épuisée physiquement , je me sentais prête à être une généraliste.

Ma deuxième année d’assistanat a débuté. Dans un autre lieu. J’avais osé souligner dés le début de l’année que j’étais épuisée, et que j’aimerais qu’on respecte le contrat de stage de l’université : 40 heures de travail par semaine. Je fus directement cataloguée de « feignasse » et on me conseilla vivement d’arrêter la médecine générale. Lorsque j’eus l’audace de prévoir des consultations plus longues (40minutes) pour des petites chirurgies (exérèse de lésions dermato suspectes par exemple), on me reprocha de ne pas être « rentable » pour le cabinet. Et lorsque j’acceptai de suivre des patients en soins palliatifs et de prévoir plus de 15 minutes pour ma visite à leur domicile, on me sortit la même rengaine : c’est trop d’investissements pour nous, ce n’est pas rentable , hospitalise ! Peu à peu, je me rendis compte que je n’étais qu’un outil de rentabilité et que la qualité de mes soins importait peu mon maître de stage. Je travaillais 70 heures par semaine, je n’avais jamais de réponse au téléphone lorsque j’avais besoin d’un conseil, je notifiais de nombreux dossiers qui n’étaient pas en ordre, des erreurs de prescription ou de sur-prescriptions (qu’on me poussait fortement à signer).
Cette fois, l’épuisement n’était plus uniquement physique, je m’éteignais. Je ne comprenais plus le sens de mon métier, le sens de mon investissement, je rentrais dévastée et ma vie privée a été dévastée elle aussi.
Ce matin là, après mon troisième patient, j’ai dis à la secrétaire (attentive et bienveillante malgré ce cadre) que j’aurais du retard pour les prochains patients. J’ai verrouillé la porte du cabinet et je me suis couchée au sol sur le carrelage. Je suis restée presque 1h00 allongée, seule, me demandant comment en finir/comment faire pour finir cet assistanat, espérant disparaître.
Quand je me suis relevée, j’ai appelé une amie, assistante elle aussi. Elle m’a dit de quitter le boulot. Je lui ai dis que je ne pouvais pas laisser mes patients ainsi. Elle m’a supplié de le faire. Je ne l’ai pas fait, j’ai reniflé, me suis recoiffée et j’ai repris mes consultations à la chaîne jusqu’à la fin de la journée. Je n’avais plus d’empathie, plus d’écoute, plus de conscience de ce que je faisais : parfaite machine , parfaite aux yeux de mon maître de stage comme les semaines précédentes.

À 21h30, dans la salle d’attente, il ne restait plus qu’une personne : cette amie. Elle m’a dit « tu as le temps maintenant? ». Je me suis effondrée. Le soir, nous écrivions à « médecin en difficulté ». Le lendemain, elle m’emmenait chez le médecin sur mon temps de midi.

Avec l’aide d’un psychiatre, d’un psychologue, d’un médecin généraliste et d’un réseau d’ami.e.s incroyables, j’ai aujourd’hui fini mon assistanat (à cet endroit avec uniquement 2 semaines de congé maladie). Je suis médecin généraliste. Je suis heureuse de faire ce magnifique métier. Plus jamais je ne veux oublier le sens premier de mon métier, plus jamais je ne veux redevenir cette machine et je fais tout pour que personne autour de moi n’ai à vivre ça. J’ouvre les yeux et les oreilles à mes amis encore dans leurs assistanats, à ces conditions parfois inhumaines qui leur sont imposées. Le lendemain de leurs gardes , ils savent qu’ils peuvent m’appeler. La nuit je n’ose pas fermer mon gsm : je sais que des amis assistants sont dans des états d’épuisement, de pression, d’harcèlement tels qu’ils auront peut-être besoin de quelqu’un en urgence. Je veux être disponible s’ils prennent leur téléphone pour appeler au secours.

Surcharge de travail, horaires impossibles, Perte de sens, Epuisement, Déshumanisation, Manque d’encadrement – janvier 2020

Kintsugi : brisé, le cœur devient de pierre pour les démons et d’or pour les bons

Homme / Assistant / Médecine générale / Cabinet

J’ai très mal vécu mes stages hospitaliers. Car je n’ai jamais eu à me vendre pour les concours puisqu’il n’y avait pas de concours en MG, simplement un examen à réussir, d’où cet esprit rebelle extrêmement déplaisant pour les MdS qui attendent notre servitude en échange de leur gratitude d’apprentissages.

Cela n’a jamais été mon genre, fils de médecins spécialistes, personne ne me fait peur et il ne faut pas m’ennuyer longtemps pour s’en rendre compte. Par conséquent, non-stop des tensions de mes soi-disant ‘supérieurs’. Je ne vais pas m’étendre sur mes années ‘stagiaire’ car aucun de mes 23 stages ne s’est bien passé, surtout en hospitalier, surtout au CHU, « l’industrie à monstres » comme je l’appelle depuis que j’en ai compris le fonctionnement lors de mes premiers stages. Cette histoire résumant la pierre angulaire des monstruosités vécues remonte aux soins intensifs, service géré exclusivement par 2 assistantes à peine plus âgées que moi. « Ton job consiste à remplir les scores et le programme, si tu fais bien ton job, on t’apprendra des trucs ». Il n’a pas fallu longtemps pour que je leur dise non. « Ce n’est pas comme cela que ça marche ici, tu vas avoir des mauvais points et tu ne feras jamais une spécialité ». Je m’en fiche, mon job c’est de pratiquer la médecine et je ne cède pas au chantage. Et puis mon avenir, c’est l’examen de MG et pas les faux-semblants des concours de spé. Mais cette histoire est très parlante d’une mentalité pourrie transmise de génération en génération. Passer de pute à maquerelle, que cette mentalité est belle… Même mes parents m’ont dit de mordre sur ma chique jusqu’à la fin. C’est le jour de mon diplôme que j’ai enfin cru à la délivrance. Grosse erreur car j’étais simplement sorti d’un trou pour tomber dans un autre. D’abord idéalisé, mon vieux de la vieille MdS MG s’est très vite révélé être un manipulateur narcissique, vénal, dinosaure, m’aménageant un subtil équilibre entre la surcharge (patients ou papiers) et l’ennui (rien à faire d’autre qu’attendre), me forçant à l’infantilisation, à l’émotionnalité et au formatage, détestant certaines personnes que j’aime et qui ont participé à me construire. Quant à mes collègues, tous des moutons suivant leur grand manitou. Ma formation ? Des comptes-rendus de mes activités, nothing else. Mes loisirs ? Zéro, comptabilité oblige, disponibilité oblige. Mais la pire des aventures au cours de cet assistanat a été d’être accusé d’homicide volontaire pour avoir fait un start&stop de compromis [en attendant une discussion d’équipe] avec la fille unique mandataire de soins pour une demande d’euthanasie passive chez sa maman de 90 ans en état pauci-relationnel nourrie par gastrostomie parce que « les euthanasies passives, ce n’est pas la politique de la maison » (Ce n’était qu’un bête start&stop, et une demande pour une plus ample discussion plus tard…) Pour rappel, la menace du pénal, c’est du harcèlement moral. Bref, communication ? Néant.
Mon isolement de bien-obligée autonomie et mes oppositions de libre-arbitre critique les ont encouragés à vouloir me virer il y a tout pile un an tandis que j’écris ce témoignage. Évidemment, j’ai craqué. En perte de sens, j’en ai pleuré : devait-il que ce soit partout ce choix entre l’horreur de la soumission ou la solitude du rejet des autres ? Après un burn-out de 3 jours (vendredi-samedi-dimanche) et pendant les 10 mois qui ont suivi, j’ai trouvé une réponse. Tu es médecin. Tu es à côté des gens, pas en dessous. Affirme-toi. Tu as du pouvoir, le pouvoir de tes connaissances. Libère-toi de tous ces égoïstes qui te pourrissent l’existence, en leur disant non ou au revoir, peu importe leur statut. Malgré leurs noms de maîtres de stage en chef, de secrétaire cheffe, d’infirmière cheffe, d’assistance sociale directrice cheffe, ces gens ne sont pas tes tyrans. Ton job, c’est de soigner des patients, pas d’être une espèce d’esclave multifonctionnel avec un peu de médical parsemé. Si on te dit le contraire, mets-les devant le fait accompli de ton contrat = voir minimum 15 personnes par jour, pratiquer 164h/mois. Et si, malgré tout, pour le bien-être du patient, tu dois quand même faire une tâche qui sort de tes attributions, insiste-bien auprès de lui que si tu fais ce travail, c’est parce qu’un tel a mal fait le sien. Moi c’est ce qui m’a libéré. J’aimerais tant que ce soit pareil pour les autres qui souffrent, qu’ils ne deviennent pas à leur tour des bourreaux des suivants. Car ce système de fabrication de monstres ne m’a pas brisé pour me reforger un cœur de pierre avec tout le monde, non, mais seulement avec les monstres. Car mon cœur est d’or pour ceux qui en ont besoin.
Kintsugi, l’art japonais de recoller les morceaux du pot cassé pour créer quelque chose de plus beau. Et j’ajouterai : de plus solide pour détruire ceux qui l’ont cassé. wink NB : Happy end, dans une nouvelle équipe au top. Ne te décourage pas : non si male nunc et olim sic erit !

Surcharge de travail, horaires impossibles, Perte de sens, Epuisement, Déshumanisation, Harcèlement, Manque d’encadrement, Fin de vie, Positif – décembre 2019

Dicscrimination et infantilisation, crimes de lèse majesté

Assistant / Clinique / Hôpital / Homme / Médecine spécialisée

L’infantilisation et le mépris que j’ai subis avec cette volonté quotidienne d’humilier les Medecins en formation et ce dans de grands centres universitaires, allant parfois jusqu’à être mis en situation , llivré à vous même ou la vie même du patient est mise sciemment en danger est monnaie courante et inadmissible ! Avec une charge de travail et des horaires de 60 à 80h / semaine.

Et pas d’accompagnement à l’apprentissage, c’est scandaleux de priver les gens de leur dignité humaine là où même vous êtes sensé y apprendre toutes les nuances et sensibilité ! Ceci malgré un parcours académique exemplaire ! Et c’est apparemment ce qui les irritaient au plus haut point ! Alors c’est peut-être tabou dans le milieu médical, il existe une discrimination raciale exacerbée par des résultats et maîtrise technique brillante !!
Une des chefs de clinique adjointe m’a traité constamment d’insupportable je-sais-tout en quittant la salle d’op’ en claquant la porte, ce qui est complètement illégal. Mais maintenant moi j’ai fermé cette porte derrière moi et responsabilise au maximum mes assistants qui prennent confiance en leurs capacités à gérer des situations de crise et qui sauvent des vies.
N’est ce pas là le principe même de l’art de guérir ?

Racisme, surcharge de travail, horaires impossibles, déshumanisation – novembre 2019

Ça commence toujours par des blagues….

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Ça commence toujours par des blagues à priori inoffensives, sexistes mais inoffensives, qui déplaisent et qui mettent mal à l'aise, mais "inoffensives". Puis un jour, dans l'ascenseur, il met sa main à mon cou mine de rien. Je l'écarte choquée lui demandant de ne plus faire ça. Les attouchements "inoffensifs" se suivent, la main qui frôle un sein "sans le vouloir", les mains à la taille... et un jour en salle d'opération (moi assistant l'intervention en tenue stérile, mais pas lui) il glisse ses mains sur mes hanches et ma taille en dessous des habits stériles. Ma plainte à voix haute n'a aucun effet, toutes les autres personnes présentes font semblant de pas voir, de pas entendre. Se suivent des massages non demandés et refusés lorsque j'assiste d'autres chirurgiens et que je ne peux pas lui mettre une claque (j'aurai pu, j'aurai du) Et puis un jour, je reçois une fessée en plein milieu du bloc: personne n'a rien vu ni entendu, personne ne veut savoir. Cela dure toute une année, jusqu'à ce que j'arrive à changer d'hôpital (je devais y rester encore) Lui, il est un excellent chirurgien, compétent et bon ami du chef. Moi, je suis assistante en première année, naïve, sans expérience. Lorsque je veux porter plainte on me dit "mais tu n'es pas la seule, ne dramatise pas, il fait ça avec toutes les femmes. Et puis, personne d'autre ne se plaindra avec toi et personne ne témoignera pour toi" Intouchable, pervers, aux yeux de tous. Il ne changera pas parce que le système ne fera rien pour le changer. Mais moi, j'ai changé pour toujours.
Sexisme & harcèlement – novembre 2019

Unissez-vous

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Il faut que les assistants s'unissent par spé pour comparer leur vécu et discuter de solutions. Chacun semble souffrir/subir de son côté, compter les jours jusqu'au changement de stage, enchaîner les gardes sans supervision... Mais qu'est-ce qu'on fait concrètement contre cette situation. Réunissez-vous et parler d'une voix pour faire bouger les choses. Les besoins de chaque spé étant différents il faut des sous groupes pour aborder les choses concrètement! Ne les laissez pas vous avoir à l'usure et recommencer la même chose avec ceux qui passent après vous juste parce que vous avez fini et n'en pouvez plus.
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Prendre sa formation en main

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Beaucoup d'assistants râlent sur la qualité de leur formation et subissent des horaires insupportables, finissent leur année dans un établissement, claquent la porte et se disent que ce n'est plus leur problème que le lieu de stage n'est pas formateur. Mais ils vont aller dans un prochain établissement où les assistants avant eux ont claqué la porte de la même manière sans essayer d'améliorer les choses pour les prochains. Parlez aux maîtres de stages sur ce qui était bien et pas bien dans votre année. Ils ne peuvent rien faire si vous ne vous plaignez pas. Et allez y groupés. Il faudrait aussi instaurer une évaluation des lieux de stage pour avoir plus d'impact et les obliger à améliorer la formation dans leur institution. Exigez des débriefings. Ce n'est normal d'avoir une côte de stage, même de 80%, si on ne vous a jamais dit comment arriver à 100%. Clarifiez vos attentes envers le stage et les attentes du maître de stage avant de commencer et réévaluez votre évolution régulièrement. Aussi n'attendez pas que la formation parfait tombe du ciel (sauf mon chef actuel). Il y a pleeeeiiin de workshop, séminaires, congrès, cours sur cadavres organisés par des gens motivés, qui donnent de leur temps pour vous aider compléter votre formation. Trop souvent ces événements ne sont pas complets. Vous devez reprendre votre formation en main. Sinon il faut arrêter de râler...
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Des bêtes à concours

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

J'ai eu pas mal d'étudiants en médecine en stage cette année. Je déplore que après 5-6-7 ans d'études, de multiples blocus, d'examens, de stress et de stages personne ne semble leur avoir appris à se poser les bonnes questions, à remettre en question et à comprendre ce qui se passe. On en demande tellement pendant les études, il faut connaitre chaque spécialité à l'examen comme si on allait devenir ce spécialiste à la fin qu'on fini par ne pas retenir les bases de ces différentes matières qui serviront à chaque spécialiste plus tard. On doit connaitre les malformation cardiaques congénitales mais on ne sait pas lire un ECG. On connait les indication d'endoprothèse fenêtrée mais on connait pas la différence entre une TVS et une TVP. On rempli tellement de dossier d'entrants qu'on oublie de se demander: tiens, les patients ont les mêmes symptômes mais en vont pas avoir la même intervention: POURQUOI. Les étudiants sont tellement stressés par leur examens, la côte de stage , qui jouent dans leur ranking pour une place en spé qu'ils n'osent pas poser des questions en stage. J'oblige mes étudiants à poser des questions et à remettre en question mes décisions pour comprendre par quel chemin je suis arrivée à cette conclusion. Recentrons la formation en médecine sur les connaissances que chaque médecin, quel que soit sa spécialité future, connaisse les bases. Et surtout former un médecin ce n'est pas que évaluer sa capacité à retenir un maximum de détails inutiles, mais plutôt lui apprendre à réfléchir et arriver à des conclusions logiques.
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Remettre la formation au centre de notre assistanat

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Je suis à deux semaines de finir ma spécialisation en chirurgie. Je regrette que malgré les horaires très lourds je n'ai pas assez appris. Les assistants assurent les gardes pour que l’hôpital tourne, font les paperasses, les tours, assistent, mais quand est ce qu'il apprennent à devenir autonome. Ce n'est que dans ma dernière année que j'ai eu un chef pour qui c'était une priorité que je sois autonome en sortant de ma formation. J'ai eu des consultations, des patients à ma charge, des décisions à prendre et j'ai appris à opérer. Pendant mes autres années j'ai l'impression d'avoir surtout servi, fait les corvées et appris à assister les chefs, sans apprendre à devenir eux. Mais je ne veux pas être eux. J'espère que mes futurs stagiaires sortiront avec plus d'autonomie, de capacité technique et de jugement, et surtout avec plus de confiance en eux qu'en arrivant dans mon stage. Tout chirurgien ou autre médecin "formateur" à l’obligation de former son assistant puisqu'il profite bien de sa main d'oeuvre bon marché.
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Le stagiaire n’est qu’un secrétaire

Assistant / Clinique / Femme / Médecine générale

Je rentre en seconde année d'assistanat mais je j'arriverai jamais à oublier les stages... J'avais vraiment l'impression d'être relayée au rang de secrétaire... J'ai été un mois dans un service de cardiologie mais qui ne faisait que des électifs... donc le matin je voyais les gens juste pour leur demander leur liste de médicaments, les antécédents... rédiger le courrier pour les 30 chambres, leur donner la lettre fin se journée et... voilà... Je n'ai pas appris un seul truc utile de tout le mois... Jai pas vu une seule fois un patron... Jai décidé d'aller me plaindre au maître de stage quitte à me faire mal voir, il m'a simplement répondu "Oui on sait qu'on ne vous apprend rien, mais il y a pas assez de mains à l'hôpital et une secrétaire coûte de l'argent contrairement à vous, c'est pour ça qu'on accepte les stagiaires" et beaucoup d'autres stages se sont ressemblés... des papiers, courriers, ... et ca en apprenant rarement un truc utile... souvent aux urgences on faisait toute l'anamnese des entrants, les papiers, et bien souvent l'urgentiste clôturait avec nos infos, nous laissait pas consulter avec lui et nous demandait d'avancer sur le dossier du prochain.. Je suis bien contente d'être assistante aujourd'hui... on nous respecte beaucoup plus même si c'est pas toujours parfait !
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Tout n’est pas négatif

Maître de stage / Cabinet / Homme / Médecine générale

Mon sixième assistant termine son stage; chaque assistant(e) s'est intégré progressivement et à son rythme dans la pratique de la MG style médecin de famille chacun avec sa personnalité et un investissement différent entre adultes, lorsque des difficultés apparaissent nous en discutions l'encadrement est variable, certains aiment faire un débriefing régulier et fréquent d’autres non et cela devient vite épuisant pour le MS l’un me faisait un compte rendu détaillé de tout, un autre ,il fallait lui tirer les vers du nez pour chaque cas; un autre se plaint de trop d’administratif et puis enfin un(e) assistant(e) qui lorsque j’abordais les activités de la journée ou de la semaine me parlait quasi en premier lieu de l’horaire; exigeait de commencer à 10 h si elle faisit les consultations 5-7, veillant scrupuleusement à récupérer le plus vite possible les heures prestées ce que je me suis toujours interdit de vérifier la véracité et que je n’ai jamais refusé cet assistant se réoriente d’ailleurs car la MG demande trop d’investissement c’est son choix . Quant aux autres nous sommes restés en bons termes ils reconnaissent volontiers qu’avoir un MS les libérait de nombreuses contraintes la MG est une médecine épatante qui nécessite certes beaucoup de disponibilité mais qui offre un confort de vie bien supéreur à ce les anciens ont connus: secrétariat, garde dès 18 heures, acceptation par les patients que « leur » médecin soit absent
Et le positif? – septembre 2019

L’assistanat est une école de vie

Autre / Clinique / Homme / Médecine spécialisée

Je ne suis pas assistant. Plus depuis longtemps. Non ce n'était pas "mieux avant" mais différents peut-être. Comme tous je me suis plains de la quantité de travail (pas surcharge, j'ai dit "quantité"), mais nous sommes des artisans et plus on fait, mieux on sait. Nuits sans sommeil? oui, parfois. Horaires et Urgences à rallonges, oui certainement. Enfin patron,! ou résident: la délivrance! Mais à la première urgence de nuit (blanche) , personne le lendemain n'en avait cure, patients, équipe (de jour), infirmiers faisaient le pied de grue et piaffait de ce que le patron traînait la patte. PERSONNE n'aurait toléré que je récupère comme l'année d'avant (lois Collat....? la population ne connait pas; elle veut juste son rendez-vous, sa prestation). Depuis ce jour, je loue cette formation, dure, éprouvante pour le physique et le moral, sinon pour soi et pour les siens, mais elle fut toujours juste et humaine, nous fournissant les moyens et les armes pour appréhender sereinement notre carrière professionnelle. Les assistants ne comprennent pas assez le confort (moral) que c'est que d'avoir un senior en back up en permanence jusqu'à ce que tu deviennes ce senior, mais si tu lui disais "je sais, je sais...", tu te rends compte à ce moment, qu'en fait, tu ne sais rien. En conclusion, l'assistanat est formatif et éprouvant, indispensable et bien peu éprouvant en regard de la "vraie vie" qui nous attend à la suite. Mais ça, les assistants qui s'en plaignent ne le savent pas encore.
Et le positif? – septembre 2019

Vos mains

Stagiaire / Hôpital / Femme

Docteur le chirurgien, malgré toute la bienveillance et la patience avec laquelle vous me formez, inutile de poser vos mains sur mes hanches en sortant du bloc opératoire. Je ne suis pas votre objet.
Sexisme

« Alors le stage à ******, beaucoup d’assistés? »

Stagiaire / Clinique / Homme

Il y a quelques semaines, je suis arrivé avec une bonne nouvelle dans la chambre d’un patient: il allait pouvoir sortir! Un peu plus tard, la superviseuse passe dans le bureau médical pour nous annoncer que l’épouse du patient était allée lui demander les larmes aux yeux de le garder quelques jours de plus...le temps qu’elle reçoive sa pension du mois, parce qu’elle n’avait plus d’argent et rien à la maison pour nourrir son mari. ...

Un homme avec une leucémie chronique, une hépatite C et une artériopathie, à qui l’épouse ne peut même pas payer de la nourriture.

À peine quelques jours plus tard, j’entre dans la chambre d’une autre patiente. Une dame âgée, tombée dans sa cave et restée au sol un moment avant d’être retrouvée en hypothermie. Elle est assez vite remise sur pied. Dans un moment libre je vais la voir, en présence de son mari, pour leur donner les conseils ergonomiques que je viens de lire pour prévenir les chutes.
En revenant au bureau médical, le médecin m’explique qu’ils n’ont plus les moyens ni d’installer une lampe dans la cave, ni de payer le chauffage, et qu’une maison forcément si froide explique sans doute l’hypothermie importante (23deg Celsius).

Alors là je me suis senti bien con. Bien con et impuissant. Je veux aller faire le bon stagiaire à expliquer qu’il faut mettre des lampes bien partout dans les couloirs, remplacer le téléphone par un sans-fil ou je ne sais quel conseil de prévention. Ou alors je crois annoncer une bonne nouvelle sans me rendre un instant compte de la misère que vivent ces gens.

On apprend un tas de trucs pour aider les gens, mais qu’est-ce qu’on change fondamentalement pour eux? Quand c’est un couple de retraités (largement) sous le seuil de pauvreté (comme une grande partie d’entre eux)? On est censés faire quoi? Se dire qu’on ne se mêle pas de politique et qu’on prescrit nos petits médicaments tranquillement sans en demander plus?

Ensuite en discutant avec d’autres stagiaires, quelqu’un me demande : « alors le stage à******, beaucoup d’assistés? ».

Euh.

En fait, surtout beaucoup de pauvres. Des gens victimes d’une mondialisation à laquelle ils finissent par se soumettre, de politiques qu’ils détestent sans les combattre, et d’une société qui les méprise.
Alors être en médecine c’est pas être politicien. Mais il va bien finir par falloir se demander ce que ça signifie « vouloir guérir des gens », en « prendre soin » ou être « empathique » si on est incapable de ressentir de l’indignation ou de la colère face aux injustices qui nous crèvent les yeux dès lors qu’on accepte de les voir.

Détresse et précarité

« C’est pas un métier, c’est un abattoir ».

Stagiaire / Hôpital / Homme

« C’est pas un métier, c’est un abattoir ».C’est ce que m’a dit aujourd’hui une patiente, en me parlant de ses cinq frères, tous décédés de cancers respiratoires ou de pneumoconioses après avoir travaillé pendant 40 ans dans les mines et les charbonnages. ...

Des gens qui sont morts pas très loin de la misère. Des gens dont presque plus personne ne se souvient, qu’on traiterait vulgairement de « barraki », et dont les enfants et petits-enfants vivent pour la plupart dans la pauvreté dans la même région (Hainaut, neuvième zone la plus pauvre d’Europe du Nord).

Des gens qui ont rendu possibles un certain développement et une certaine richesse de notre pays, pour le plus souvent des salaires de misère, et surtout la création de fortunes colossales (qui a l’époque, participaient un peu plus qu’aujourd’hui au financement de l’état).

Des gens qui, excusez-moi madame la marquise, méritent bien plus de respect que les parvenus issus d’écoles de commerce hyper élitistes et autres start-uppeurs dont notre société glorifie les performances et le sacrifice tous les jours.

Détresse et précarité

« On ne les met pas au lit, on les jette »

Stagiaire / Hôpital / Homme

« On ne les met pas au lit, on les jette ». « Les » , c’est L., 93 ans et plus toutes ses dents, que j’ai vue aujourd’hui en faisant le tour du service ce samedi. On ne se connait pas. Dans son dossier je vois qu’elle habite seule dans un appartement d’un immeuble avec un ascenseur (qui a le bonheur de fonctionner ces derniers temps). Elle a un fils mais il a un commerce dans le fin fond des Ardennes et il ne lui rend visite que les deuxièmes mardis du mois. ...

L. est atteinte de démence avancée.

L. n’a pas la force et l’énergie pour descendre de son immeuble, aller au Delhaize faire ses emplettes, porter son sac jusque chez elle… Et ne pas se tromper en rangeant le rôti dans le placard et les bougies au frigo (on lui pardonnera).

Elle n’a pas la force et elle n’a pas les moyens non plus. Elle se rend dans un restaurant social qui accueille en vrac les plus fragiles, jeunes et vieux.

Elle se retrouve à l’hôpital parce qu’un jour où elle était venue au restaurant, les employés ont remarqué une drôle d’odeur… Il faut dire qu’avec la démence, L. oublie vite qu’après avoir nettoyé son visage, elle doit aussi se laver le reste du corps mais avec son mal de dos ça devient dur.

Je vais la voir. Elle est recroquevillée au fond de son lit. Elle entrouvre les yeux : je l’ai dérangée. « Bonjour madame! ». Elle me regarde sans dire mot. Alors je me mets à son niveau et je demande si elle va bien, si elle respire bien, si elle n’a pas de douleur au niveau du thorax, si elle n’a pas de nausées ou de vomissements, si elle sait où elle est et quel jour nous sommes… Machinalement un peu. Un regard fixe dans mes yeux, sans réponse.

Puis je vois ses mains et je lui dis : « Vous avez de belles mains, madame, j’aurais aimé avoir les mêmes ! ». Là, elle me sourit et j’entends un petit ‘merci, vous êtes gentil’ sortir de ce petit visage parcheminé.

Pour tirer un sourire à L., il m’a bien fallu m’asseoir 20 minutes à ses côtés.
Je pense à ce qui attend L. et certains de ses camarades après.

Dans certaines maisons de repos, par manque de personnel, par manque d’argent surtout, certainement pas par manque de dévouement des travailleurs, on demande de faire le coucher d’un résident en trois minutes et quarante secondes. D’ici la fin du texte, L. devra être mise au lit.

Tout ceci s’inscrit dans le contexte d’une privatisation à grande vitesse de ce qui est devenu un véritable ‘marché’ et très lucratif (on parle d’or gris). Pour donner une idée : l’un des grands groupes leader, en 2016, a fait plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 15,5 % de marge, un bénéfice de 38 millions d’euros, et il a doublé en cinq ans les dividendes versés à ses actionnaires. Une maison de retraite serait plus rentable qu’un centre commercial (1). Si L. savait l’or qu’elle a dans ses mains !

En 2019 à Bruxelles, 70% des institutions étaient privées (2), c’était 62% en 2014, c’était 40% en 1999 (3). La majorité, ce sont des grands groupes comme Orpea, Armonea, Senior Assist etc. (souvent étrangers, cotés en bourse et détenus par des fonds d’investissement… on parle bien de L. et non pas de kilos de mangue hein rappelons-le). Ceci s’est produit en partie par le rachat d’institutions publiques.
Conséquence de la privatisation, à Bruxelles, le prix de l’hébergement augmente. Les institutions commerciales sont en effet, dans l’ensemble, bien plus chères que les autres.
Or la plupart des hommes (et c’est encore pire pour les femmes) touchent une pension inférieure au montant moyen que coûte la vie dans une MRS.
On se retrouve donc avec des personnes qui n’ont pas le choix (vous vous voyez envoyer L. au Delhaize vous ?) mais qui n’ont pas de quoi joindre les deux bouts… que faire ?

Ah oui c’est vrai. À travers l’aide sociale des CPAS et la garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA) (4), il y a un transfert de la collectivité vers le privé qui s’effectue.

Bon ok, admettons, moi je veux juste que L. soit bien traitée et puisse avoir sa chambre en maison de repos, je suis prêt à payer, même si ça bénéficie à d’autres personnes…
Mais je pense que la logique de rentabilité influence tout de même ce qui est demandé au personnel de certains établissements (privés comme publics d’ailleurs).

« Dans certaines institutions, on demande aux aides-soignantes de réaliser jusqu’à 13 ou 14 toilettes par jour, dont celles de personnes parfois très dépendantes. Difficile dès lors de ne pas bousculer les ainés ! » (3).
Cela ressent aussi par les différents mouvements de grève qui traversent ces travailleurs (5 et 6), et ça ne touche bien évidemment pas que la Belgique, en atteste l’excellent article du Monde Diplomatique de ce mois que je vous exhorte à lire (7). Extrait : « On a perdu douze aides-soignantes en trois ans, s’insurge Mme Joseph-Edmond. La conséquence ? On nous oblige à faire de la maltraitance institutionnelle. Et ça, j’ai du mal à le dire, car je n’ai pas choisi ce métier par hasard. Pour les toilettes des résidents, on ne peut plus faire que du VMC (visage, mains, cul), et on ne peut même plus les doucher une fois par semaine. Les personnes Alzheimer ont besoin de calme et qu’on respecte leur rythme. On nous avait appris des méthodes de soins bienveillants. Maintenant, c’est fini. »

C’est indigne de mal traiter ses vieux, tout le monde est d’accord avec ce fait. Notre société est plus riche que jamais, c’est notre devoir de financer correctement des structures publiques et accessibles.
Moi je serai un futur vieux. Tout le monde le sera. Et j’aimerai bien que, plus tard, quelqu’un prenne le temps de me mettre au lit et puis me dise que j’ai de belles mains.

Sources :
1 : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/BAQUE/59613
2 : https://www.rtbf.be/…/detail_de-nombreuses-maisons-de-repos…
3 : http://inegalites.be/La-privatisation-des-maisons-de
4 : https://www.onprvp.fgov.be/…/benefits/igo/pages/default.aspx
5 : https://www.rtbf.be/…/detail_les-employes-des-maisons-des-r…
6 : https://www.rtbf.be/…/detail_maisons-de-repos-preavis-de-gr…
7 : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/BAQUE/59611

Détresse et précarité

 Un oubli ?

Assistante / Femme

Je suis assistante en 2e année en médecine générale. Après avoir fait un an d’assistanat en médecine interne avec un travail de 50 à 75h par semaine, me voila maintenant en médecine générale, à travailler avec un horaire normal (38h par semaine). Mon année de travail hospitalière a été très dure psychologiquement et physiquement mais ce n’était qu’une année et c’est donc passé assez vite. Ce n’est rien comparé à un assistanat complet en médecine interne....

Être responsable de 15 à 30 patients tous les jours, souvent très malades, parfois mourants et devoir bâcler son travail, devoir apprendre sur le tas et improviser car on n’a pas le temps de se former, c’est la réalité, pour moi, de l’assistanat en hôpital. J’ai eu des tas d’expériences positives et négatives durant cette année, qui a été de manière générale très intense. J’ai appris beaucoup, surtout sur mes limites personnelles. J’ai du gérer une service de gériatrie (30 patients) seule (comme médecin), avec par moments un décès par jour, sans toujours pouvoir expliquer aux familles la cause du décès car j’étais perdue et que mon superviseur n’avait pas le temps de m’aider.

J’ai du annoncer un décès à une famille qui venait en visite car mon superviseur avait oublié de les appeler. J’ai aussi, bien sûr, plein de souvenirs positifs du travail avec les équipes soignantes et leur dévouement individuel pour les patients. Mais pour moi, l’organisation de l’hôpital fait en sorte que plus personne n’a le temps ou l’énergie d’être présent et de faire un travail de qualité comme il le pourrait si le travail était plus humain et réaliste. Je n’en veux pas à mes patrons, ils sont pris dans un spirale d’ambition et de fierté moulée par le système actuel et ils ont peur de voir diminuer un salaire, surement trop élevé, mais auquel ils se sont habitués. L’hôpital est aujourd’hui une entreprise et le médecin est responsable de sa bonne gestion et de sa rentabilité.

Si on n’a pas l’occasion d’en sortir pour voir comment les choses fonctionnent ailleurs, on peut penser qu’il n’y a pas d’autre solution. Je pense que beaucoup de spécialistes n’ont jamais connu et n’imaginent pas le bonheur d’avoir un horaire et une charge de travail normal, qui permettent une prise en charge des patients avec une écoute, une patience et une empathie complète que seul le bien-être du soignant peut permettre.

Épuisement & surcharge de travail

Une organisation douteuse

Assistante / Hôpital / Femme

Le jour où j’ai commencé à réaliser à quel point j’étais exténuée… Première année d’assistanat aux Urgences. 6 mois passés dans un premier hôpital, 4 mois à ce moment dans un autre. Je viens d’enchaîner 7 jours de boulot à raison de 12-13h par jour. Premier (et seul) jour off avant de reprendre pour 6 jours. Je me réveille tranquillement, je traîne dans mon lit quand je reçois un message « dit, tu voulais qu’on se voit cet aprem mais… tu es à l’horaire aujourd’hui… tu savais ? ». Quoi ?!?!?!..

J’ai sauté de mon lit en panique et vérifié ce foutu horaire… en effet… j’étais inscrite dans une case, dans une autre couleur que d’habitude donc je n’avais pas vu…

Les larmes sont venues aussi vite. Pas des petites larmes qui montent gentiment aux yeux. Des sanglots comme je n’en ai jamais eus, incontrôlables. Ca veut dire que je bosse 14 jours d’affiler, sans un jour off, alors que je me sens tellement exténuée… ?!?!?! J’ai appelé mon amie et j’ai éclaté « j’en peux plus, je vais jamais tenir, je suis complètement à bout… J’arrive plus à réfléchir tellement je suis fatiguée, je vais finir par faire une erreur médicale si ça continue comme ça !!!!! »Ça c’était en juillet.

En août, enfin une semaine de vacances.Quand on part en vacances on se dit qu’on va pouvoir reprendre le boulot plus sereinement.Moi j’étais en pleurs dans les bras de ma mère à l’idée de retourner dans cette boîte…

En septembre, dernière semaine avant le changement de lieu de stage. Je suis à l’horaire 7j/7… encore.Avec un déménagement à assumer. Attendue le lundi matin de la semaine suivante à 7 :00 en salle d’op dans le nouvel hôpital.Moral à plat, fatigue extrême… la moindre émotion est multipliée par 10. Je parle d’un cas clinique avec un de mes patrons et ma voix tremble et les larmes montent toutes seules. Il me demande d’un air un peu absent ce qu’il se passe. « rien… je sais pas…. je suis juste claquée et je dois bosser 7j cette semaine, déménager (quand ???), recommencer lundi à 7h… j’avoue que j’ai du mal ». Il me regarde à peine, continue ses recherches sur son ordinateur et me dit « fait au jour le jour ça va aller ». Vive le soutien !

Épuisement & surcharge de travail

Triste nouvelle

Assistante / Hôpital / Femme

Je me souviens d’un jour, en salle d’urgence. J’étais en première année,au mois de décembre je pense. Donc pas beaucoup plus de 2-3mois de pratique. Le SMUR est arrivé avec un patient de 70 ans qui présentait des douleurs thoraciques atypiques. Premier ECG rassurant. On l’installe en réanimation sous scope et je prends le relais.....

Déjà, aucun superviseur pour accompagner alors que, comme je l’ai dit, je ne bossais que depuis 2 mois. Donc autant dire que je n’avais absolument aucune expérience et clairement la trouille.

Les premiers résultats sont rassurants (ECG, troponines,…). L’assistant de cardiologie, que j’avais appelé, vient sur place et me suggère d’aller au CTscan pour exclure une embolie pulmonaire ou une dissection et rajoute « si on pense à ça, il faut un accompagnement médical au CT ». Je lui ai assez vite confié que je n’avais jamais fait ça et que, en cas de problème, je n’étais pas sûre de savoir réagir correctement. Il m’a répondu « c’est pas mon job de t’accompagner, j’ai des milliards de patients à gérer à l’étage, mais j’ai l’impression que personne n’a envie de t’aider dans cette boîte donc je viens avec toi ».

Au CT, le patient se crash, fait un arrêt cardiaque sur la table, on commence la réanimation… en vain. Je me suis sentie tellement impuissante, tellement vide… Le patron des urgences est monté au CT durant la réa mais pas une seule fois ne m’a encadrée, ne m’a soutenue… je l’entendais juste se marrer à coté avec d’autres médecins.

De retour en salle d’urgences, il a fallu trouver la famille pour annoncer la triste nouvelle. De nouveau, le seul qui est resté avec moi, c’est l’assistant de cardio. Qui, je le rappelle, avait pleins d’autres choses à faire et n’était pas du tout censé bosser aux urgences. Je n’avais jamais annoncé une telle chose à une famille. Ce n’est pas quelque chose qu’on prend à la légère. J’aurais aimé que mon patron m’accompagne dans cette épreuve. Il n’y a même pas pensé, et on ne peut pas dire que c’est parce qu’il était débordé…

Je finis par retourner m’occuper de mes autres patients mais j’ai énormément de mal à me concentrer. Pour la première fois en plusieurs heures, mon patron me demande si ça va. Je lui dis clairement que non. Et il me répond « c’est normal, ça va aller… si tu veux parle en à Claire (non fictif) demain, elle fait ça bien » …. C’est tout… Mais c’était immédiatement que j’avais besoin de parler !!!! Je me suis vraiment sentie super seule ce jour-là, il m’a fallu des jours pour m’endormir sans y penser.

Je remercie l’assistant de cardio qui a été le seul à m’encadrer, à m’accompagner, me soutenir et me proposer de débriefer.

Manque d’encadrement