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Témoignages : Épuisement & Surcharge de travail

Ouf … J’aime encore mon métier

Assistante / Cabinet / Femme

Ma première année d'assistanat en MG fût très rude en cadence (35patients/j - 5j/semaine) mais tellement enrichissante que jamais je ne finissais ma journée avec un regret. De la fatigue , des doutes et des questionnements sur la manière d'équilibrer ce métier-passion avec ma vie privée : ça oui. Mais jamais je n'ai remis durant cette première année le métier de médecin généraliste en doute : apprenant chaque jour de nouvelles techniques, de nouveaux traitements, recevant chaque jour des MERCIS des patients accompagnés. Épuisée physiquement , je me sentais prête à être une généraliste.

Ma deuxième année d’assistanat a débuté. Dans un autre lieu. J’avais osé souligner dés le début de l’année que j’étais épuisée, et que j’aimerais qu’on respecte le contrat de stage de l’université : 40 heures de travail par semaine. Je fus directement cataloguée de « feignasse » et on me conseilla vivement d’arrêter la médecine générale. Lorsque j’eus l’audace de prévoir des consultations plus longues (40minutes) pour des petites chirurgies (exérèse de lésions dermato suspectes par exemple), on me reprocha de ne pas être « rentable » pour le cabinet. Et lorsque j’acceptai de suivre des patients en soins palliatifs et de prévoir plus de 15 minutes pour ma visite à leur domicile, on me sortit la même rengaine : c’est trop d’investissements pour nous, ce n’est pas rentable , hospitalise ! Peu à peu, je me rendis compte que je n’étais qu’un outil de rentabilité et que la qualité de mes soins importait peu mon maître de stage. Je travaillais 70 heures par semaine, je n’avais jamais de réponse au téléphone lorsque j’avais besoin d’un conseil, je notifiais de nombreux dossiers qui n’étaient pas en ordre, des erreurs de prescription ou de sur-prescriptions (qu’on me poussait fortement à signer).
Cette fois, l’épuisement n’était plus uniquement physique, je m’éteignais. Je ne comprenais plus le sens de mon métier, le sens de mon investissement, je rentrais dévastée et ma vie privée a été dévastée elle aussi.
Ce matin là, après mon troisième patient, j’ai dis à la secrétaire (attentive et bienveillante malgré ce cadre) que j’aurais du retard pour les prochains patients. J’ai verrouillé la porte du cabinet et je me suis couchée au sol sur le carrelage. Je suis restée presque 1h00 allongée, seule, me demandant comment en finir/comment faire pour finir cet assistanat, espérant disparaître.
Quand je me suis relevée, j’ai appelé une amie, assistante elle aussi. Elle m’a dit de quitter le boulot. Je lui ai dis que je ne pouvais pas laisser mes patients ainsi. Elle m’a supplié de le faire. Je ne l’ai pas fait, j’ai reniflé, me suis recoiffée et j’ai repris mes consultations à la chaîne jusqu’à la fin de la journée. Je n’avais plus d’empathie, plus d’écoute, plus de conscience de ce que je faisais : parfaite machine , parfaite aux yeux de mon maître de stage comme les semaines précédentes.

À 21h30, dans la salle d’attente, il ne restait plus qu’une personne : cette amie. Elle m’a dit « tu as le temps maintenant? ». Je me suis effondrée. Le soir, nous écrivions à « médecin en difficulté ». Le lendemain, elle m’emmenait chez le médecin sur mon temps de midi.

Avec l’aide d’un psychiatre, d’un psychologue, d’un médecin généraliste et d’un réseau d’ami.e.s incroyables, j’ai aujourd’hui fini mon assistanat (à cet endroit avec uniquement 2 semaines de congé maladie). Je suis médecin généraliste. Je suis heureuse de faire ce magnifique métier. Plus jamais je ne veux oublier le sens premier de mon métier, plus jamais je ne veux redevenir cette machine et je fais tout pour que personne autour de moi n’ai à vivre ça. J’ouvre les yeux et les oreilles à mes amis encore dans leurs assistanats, à ces conditions parfois inhumaines qui leur sont imposées. Le lendemain de leurs gardes , ils savent qu’ils peuvent m’appeler. La nuit je n’ose pas fermer mon gsm : je sais que des amis assistants sont dans des états d’épuisement, de pression, d’harcèlement tels qu’ils auront peut-être besoin de quelqu’un en urgence. Je veux être disponible s’ils prennent leur téléphone pour appeler au secours.

Surcharge de travail, horaires impossibles, Perte de sens, Epuisement, Déshumanisation, Manque d’encadrement – janvier 2020

Kintsugi : brisé, le cœur devient de pierre pour les démons et d’or pour les bons

Homme / Assistant / Médecine générale / Cabinet

J’ai très mal vécu mes stages hospitaliers. Car je n’ai jamais eu à me vendre pour les concours puisqu’il n’y avait pas de concours en MG, simplement un examen à réussir, d’où cet esprit rebelle extrêmement déplaisant pour les MdS qui attendent notre servitude en échange de leur gratitude d’apprentissages.

Cela n’a jamais été mon genre, fils de médecins spécialistes, personne ne me fait peur et il ne faut pas m’ennuyer longtemps pour s’en rendre compte. Par conséquent, non-stop des tensions de mes soi-disant ‘supérieurs’. Je ne vais pas m’étendre sur mes années ‘stagiaire’ car aucun de mes 23 stages ne s’est bien passé, surtout en hospitalier, surtout au CHU, « l’industrie à monstres » comme je l’appelle depuis que j’en ai compris le fonctionnement lors de mes premiers stages. Cette histoire résumant la pierre angulaire des monstruosités vécues remonte aux soins intensifs, service géré exclusivement par 2 assistantes à peine plus âgées que moi. « Ton job consiste à remplir les scores et le programme, si tu fais bien ton job, on t’apprendra des trucs ». Il n’a pas fallu longtemps pour que je leur dise non. « Ce n’est pas comme cela que ça marche ici, tu vas avoir des mauvais points et tu ne feras jamais une spécialité ». Je m’en fiche, mon job c’est de pratiquer la médecine et je ne cède pas au chantage. Et puis mon avenir, c’est l’examen de MG et pas les faux-semblants des concours de spé. Mais cette histoire est très parlante d’une mentalité pourrie transmise de génération en génération. Passer de pute à maquerelle, que cette mentalité est belle… Même mes parents m’ont dit de mordre sur ma chique jusqu’à la fin. C’est le jour de mon diplôme que j’ai enfin cru à la délivrance. Grosse erreur car j’étais simplement sorti d’un trou pour tomber dans un autre. D’abord idéalisé, mon vieux de la vieille MdS MG s’est très vite révélé être un manipulateur narcissique, vénal, dinosaure, m’aménageant un subtil équilibre entre la surcharge (patients ou papiers) et l’ennui (rien à faire d’autre qu’attendre), me forçant à l’infantilisation, à l’émotionnalité et au formatage, détestant certaines personnes que j’aime et qui ont participé à me construire. Quant à mes collègues, tous des moutons suivant leur grand manitou. Ma formation ? Des comptes-rendus de mes activités, nothing else. Mes loisirs ? Zéro, comptabilité oblige, disponibilité oblige. Mais la pire des aventures au cours de cet assistanat a été d’être accusé d’homicide volontaire pour avoir fait un start&stop de compromis [en attendant une discussion d’équipe] avec la fille unique mandataire de soins pour une demande d’euthanasie passive chez sa maman de 90 ans en état pauci-relationnel nourrie par gastrostomie parce que « les euthanasies passives, ce n’est pas la politique de la maison » (Ce n’était qu’un bête start&stop, et une demande pour une plus ample discussion plus tard…) Pour rappel, la menace du pénal, c’est du harcèlement moral. Bref, communication ? Néant.
Mon isolement de bien-obligée autonomie et mes oppositions de libre-arbitre critique les ont encouragés à vouloir me virer il y a tout pile un an tandis que j’écris ce témoignage. Évidemment, j’ai craqué. En perte de sens, j’en ai pleuré : devait-il que ce soit partout ce choix entre l’horreur de la soumission ou la solitude du rejet des autres ? Après un burn-out de 3 jours (vendredi-samedi-dimanche) et pendant les 10 mois qui ont suivi, j’ai trouvé une réponse. Tu es médecin. Tu es à côté des gens, pas en dessous. Affirme-toi. Tu as du pouvoir, le pouvoir de tes connaissances. Libère-toi de tous ces égoïstes qui te pourrissent l’existence, en leur disant non ou au revoir, peu importe leur statut. Malgré leurs noms de maîtres de stage en chef, de secrétaire cheffe, d’infirmière cheffe, d’assistance sociale directrice cheffe, ces gens ne sont pas tes tyrans. Ton job, c’est de soigner des patients, pas d’être une espèce d’esclave multifonctionnel avec un peu de médical parsemé. Si on te dit le contraire, mets-les devant le fait accompli de ton contrat = voir minimum 15 personnes par jour, pratiquer 164h/mois. Et si, malgré tout, pour le bien-être du patient, tu dois quand même faire une tâche qui sort de tes attributions, insiste-bien auprès de lui que si tu fais ce travail, c’est parce qu’un tel a mal fait le sien. Moi c’est ce qui m’a libéré. J’aimerais tant que ce soit pareil pour les autres qui souffrent, qu’ils ne deviennent pas à leur tour des bourreaux des suivants. Car ce système de fabrication de monstres ne m’a pas brisé pour me reforger un cœur de pierre avec tout le monde, non, mais seulement avec les monstres. Car mon cœur est d’or pour ceux qui en ont besoin.
Kintsugi, l’art japonais de recoller les morceaux du pot cassé pour créer quelque chose de plus beau. Et j’ajouterai : de plus solide pour détruire ceux qui l’ont cassé. wink NB : Happy end, dans une nouvelle équipe au top. Ne te décourage pas : non si male nunc et olim sic erit !

Surcharge de travail, horaires impossibles, Perte de sens, Epuisement, Déshumanisation, Harcèlement, Manque d’encadrement, Fin de vie, Positif – décembre 2019

Un oubli ?

Assistante / Hôpital / Femme

Je suis assistante en 2e année en médecine générale. Après avoir fait un an d’assistanat en médecine interne avec un travail de 50 à 75h par semaine, me voila maintenant en médecine générale, à travailler avec un horaire normal (38h par semaine). Mon année de travail hospitalière a été très dure psychologiquement et physiquement mais ce n’était qu’une année et c’est donc passé assez vite. Ce n’est rien comparé à un assistanat complet en médecine interne.

Être responsable de 15 à 30 patients tous les jours, souvent très malades, parfois mourants et devoir bâcler son travail, devoir apprendre sur le tas et improviser car on n’a pas le temps de se former, c’est la réalité, pour moi, de l’assistanat en hôpital. J’ai eu des tas d’expériences positives et négatives durant cette année, qui a été de manière générale très intense. J’ai appris beaucoup, surtout sur mes limites personnelles. J’ai du gérer une service de gériatrie (30 patients) seule (comme médecin), avec par moments un décès par jour, sans toujours pouvoir expliquer aux familles la cause du décès car j’étais perdue et que mon superviseur n’avait pas le temps de m’aider.

J’ai du annoncer un décès à une famille qui venait en visite car mon superviseur avait oublié de les appeler. J’ai aussi, bien sûr, plein de souvenirs positifs du travail avec les équipes soignantes et leur dévouement individuel pour les patients. Mais pour moi, l’organisation de l’hôpital fait en sorte que plus personne n’a le temps ou l’énergie d’être présent et de faire un travail de qualité comme il le pourrait si le travail était plus humain et réaliste. Je n’en veux pas à mes patrons, ils sont pris dans un spirale d’ambition et de fierté moulée par le système actuel et ils ont peur de voir diminuer un salaire, surement trop élevé, mais auquel ils se sont habitués. L’hôpital est aujourd’hui une entreprise et le médecin est responsable de sa bonne gestion et de sa rentabilité.

Si on n’a pas l’occasion d’en sortir pour voir comment les choses fonctionnent ailleurs, on peut penser qu’il n’y a pas d’autre solution. Je pense que beaucoup de spécialistes n’ont jamais connu et n’imaginent pas le bonheur d’avoir un horaire et une charge de travail normal, qui permettent une prise en charge des patients avec une écoute, une patience et une empathie complète que seul le bien-être du soignant peut permettre.

Épuisement & Surcharge de travail

Une organisation douteuse

Assistante / Hôpital / Femme

Le jour où j’ai commencé à réaliser à quel point j’étais exténuée… Première année d’assistanat aux Urgences. 6 mois passés dans un premier hôpital, 4 mois à ce moment dans un autre. Je viens d’enchaîner 7 jours de boulot à raison de 12-13h par jour. Premier (et seul) jour off avant de reprendre pour 6 jours. Je me réveille tranquillement, je traîne dans mon lit quand je reçois un message « dit, tu voulais qu’on se voit cet aprem mais… tu es à l’horaire aujourd’hui… tu savais ? ». Quoi ?!?!?!..

J’ai sauté de mon lit en panique et vérifié ce foutu horaire… en effet… j’étais inscrite dans une case, dans une autre couleur que d’habitude donc je n’avais pas vu…

Les larmes sont venues aussi vite. Pas des petites larmes qui montent gentiment aux yeux. Des sanglots comme je n’en ai jamais eus, incontrôlables. Ca veut dire que je bosse 14 jours d’affiler, sans un jour off, alors que je me sens tellement exténuée… ?!?!?! J’ai appelé mon amie et j’ai éclaté « j’en peux plus, je vais jamais tenir, je suis complètement à bout… J’arrive plus à réfléchir tellement je suis fatiguée, je vais finir par faire une erreur médicale si ça continue comme ça !!!!! »Ça c’était en juillet.

En août, enfin une semaine de vacances.Quand on part en vacances on se dit qu’on va pouvoir reprendre le boulot plus sereinement.Moi j’étais en pleurs dans les bras de ma mère à l’idée de retourner dans cette boîte…

En septembre, dernière semaine avant le changement de lieu de stage. Je suis à l’horaire 7j/7… encore.Avec un déménagement à assumer. Attendue le lundi matin de la semaine suivante à 7 :00 en salle d’op dans le nouvel hôpital.Moral à plat, fatigue extrême… la moindre émotion est multipliée par 10. Je parle d’un cas clinique avec un de mes patrons et ma voix tremble et les larmes montent toutes seules. Il me demande d’un air un peu absent ce qu’il se passe. « rien… je sais pas…. je suis juste claquée et je dois bosser 7j cette semaine, déménager (quand ???), recommencer lundi à 7h… j’avoue que j’ai du mal ». Il me regarde à peine, continue ses recherches sur son ordinateur et me dit « fait au jour le jour ça va aller ». Vive le soutien !

Épuisement & Surcharge de travail