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Témoignages : Épuisement & Surcharge de travail

Ce que j’aurais aimé qu’on m’ait dit en tant que stagiaire

Médecine générale / Femme / Assistante / Cabinet

1. N’oublie pas que tu es bien plus que « le/la stagiaire ». C’est un rôle où on te fait croire que tu dois tout accepter, être à la merci des autres, prendre des initiatives tout en restant discret•ète, être tout le temps sympathique, serviable,… Tu es avant tout toi-même; ne laisse pas ce statut affecter ton estime de toi.

2.      Bien sûr que tu as les capacités pour être médecin, tu es en train de les développer pardi! Ni les médecins superviseurs, ni les assistants n’ont été formés pour te former ou te donner du bon feed-back. Ne laisse pas leurs commentaires/l’absence de commentaires t’anéantir. Tu as le droit de poser des questions, de ne pas savoir, de ne pas réussir un acte, de faire des erreurs, d’être fatigué•e, de dire non. Et tu as le droit de l’exprimer.
3.      Il est important d’être en phase avec la décision que tu prendras l’année prochaine. Entrer dans le milieu du travail est suffisamment stressant et fatigant comme ça; évite de saupoudrer tout cela de doutes.
4.      Tu as déjà fait tes preuves, regarde où tu es arrivé•e! Choisis ta spécialisation/ton orientation parce que tu en as envie, pas pour te prouver aux autres/à toi-même. La pression sociale n’est pas un mythe et nous y sommes tou•te•s confronté•es. Sois honnête avec toi-même et apprends à t’écouter. Seul•e toi peux savoir ce qui te convient.
5.      Rien ne presse. Prends du recul. Tu as toute la vie pour devenir médecin. Tu as aussi le droit de faire autre chose que la médecine, que ce soit temporairement ou pour toujours. L’assistanat n’est pas la seule façon d’obtenir ta « liberté », ni d’ailleurs de trouver du sens.
6.      Si tu ne sais pas ce que tu aimes faire, ce n’est certainement pas une bonne idée de foncer tête baissée. Prends 6 mois, 1 an; voyage, fais un triple zéro (à mi-temps), travaille dans un magasin, une librairie, une ferme; apprends une nouvelle langue, le piano, la cuisine. Tu ne seras épanoui•e en tant que médecin que si tu sais qui tu es en tant que personne.
7.      Si tu sais ce que tu veux faire mais que tu as l’impression de devoir précipiter ta décision, tu n’es pas obligé•e de la prendre tout de suite. Certes, il y a une deadline pour ton inscription au concours, mais tu peux toujours te retirer au dernier moment ou changer d’avis. Personne ne t’en tiendra rigueur. Tu ne perdras pas ta place. Tu n’es pas anormal•e, c’est l’université qui est rigide et n’aime pas se confronter au changement/aux parcours atypiques. Chacun son parcours de vie et son rythme.
Lorsque tu sauras vraiment pourquoi tu présentes un concours (ou pas), tu ne le feras qu’avec plus de conviction et tu ne réussiras que mieux.
8.      Tu n’es pas seul•e. Tout le monde se pose des questions. Nombreux sont ceux qui ont des difficultés pendant leur année de stage, rares sont ceux qui en parlent ouvertement. Ne reste pas seul•e avec tes questionnements, parles-en.
9.      Ne te laisse pas guider par ton ego, mais par tes aspirations et tes valeurs. Les études de médecine nourrissent fortement l’ego, elles encouragent la performance. Si tu ne te sens pas concerné•e, c’est que tu n’en as tout simplement pas encore pris conscience.
Pose-toi la question: fais-tu ce choix par fierté, parce que tu as reçu des compliments, parce qu’on te dit que tu en serais capable, pour le statut social que tu obtiendrais? Ou le fais-tu parce que ça te plairait réellement ?
10.     Faire un choix de spécialisation/d’orientation par élimination n’est pas réellement faire un choix. C’est du damage control ou de la fuite et cela signifie que tu puises déjà dans tes réserves. En devenant assistant, tu auras des responsabilités, des travaux et de la matière à revoir ; en as-tu envie ? Si tu as le sentiment qu’il n’y a pas d’autre issue que l’assistanat, ce n’est pas une bonne raison de commencer. Il y a d’autres voies tout aussi intéressantes et nobles que la médecine clinique. Prends le temps de les explorer.
11.     La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Pense aux futurs horaires, à l’organisation du rythme de travail, au travail solo/en équipe, au type de supervision,… Ton expérience de stagiaire n’est pas la même que celle des assistants, demande leur! Et ton expérience d’assistant ne sera pas la même non plus, connais tes besoins.
12.     Sois attentif•ve aux signes : ce sont des signes d’épuisement ! Considère les!
- Ecoute tes émotions et ton corps, ils sauront toujours mieux que ta raison. La colère, l’amertume, le sentiment d’injustice, la tristesse, la solitude, le dégoût, l’incompréhension; insomnies, angoisses, troubles de l’appétit, troubles digestifs, rhumes à répétition, fatigue, blessures sportives,…
- Est-ce que tu te distancies de tes proches? Ou au contraire, vois-tu beaucoup de monde sans pour autant te détendre? Les disputes avec ton copain/ta copine s’enchaînent-ils? Sors-tu d’une rupture? Culpabilises-tu parce que tu as l’impression de ne pas faire assez/ce qu’il faut? As-tu envie de fuir? Ta mémoire te joue-t-elle des tours? Bois-tu plus d’alcool que d’habitude? Les gens t’irritent-ils?
13.     Etre (futur•e) médecin ne fait pas de nous des SUR-hommes/femmes. Certes, nous avons traversé des épreuves titanesques, mais nous avons tous un seuil de tolérance. L’assistanat n’allégera pas ta mallette, au contraire. A toi de la vider avant de commencer. Et s’il te plaît, si tu ne trouves pas les réponses seul•e, ouvre-toi à quelqu’un de neutre (consulte un•e psy quoi) pour t’aider. Tu le dirais bien aux patients, non? (liens cf ci-dessous)
14.     Prendre une pause/être sous ITT/arrêter complètement/consulter un•e psy n’est en aucun cas un échec! Il faut bien plus de courage pour affronter le vide, l’inconnu et ses propres bêtes noires que de se laisser porter par la vague d’étudiants sortants. Sois courageux•se. D’ailleurs, si tu penses à consulter un•e psy, le manque de temps est une excuse, pas une raison valable! C’est du temps bien investi!
15.     Prends soin de toi et entoure-toi bien. Vois des amis médecins qui comprennent ta situation; mais aussi des non-médecins qui te rappelleront qu’en dehors de ton travail il y a un merveilleux monde plein de belles choses! Si tu ne t’écoutes pas maintenant, un jour tout cela finira par te rattraper, et durement (crois-moi).
16.     Si tu te sens bien dans ton parcours et que tu n’en peux plus d’attendre d’être enfin médecin; félicitations et profite ! 🙂

Signé:
Anonyme, assistante en 2e année de médecine générale.
J’ai toujours bien réussi mes études, je pensais vraiment bien faire et, pourtant, je suis en burn-out. Cela nous arrive à tous, même (et surtout) aux « battant•e•s ».
Comme vous le savez, l’assistanat en médecine est un milieu propice à l’épuisement et nous sommes nombreux à passer par là. Toutefois, vous pouvez éviter cela en étant bien avec vous-mêmes et en sachant ce que vous valez. Vous arriverez ainsi à comprendre vos limites (≠ faiblesses!) et à mieux les (faire) respecter.
Je ne vous envoie pas ce message pour vous submerger d’anxiété, mais justement pour vous inviter à vous préserver!  Et, croyez-moi, vous allez aussi et très certainement vivre des moments précieux. C’est un très beau métier, il suffit d’être bien armé. 🙂

Plein de courage à vous tous!

Voici un lien vers les psychologues qui bénéficient d’un bon remboursement jusqu’à 8 séances par an:
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Faites un test pour savoir si vous êtes en burn-out. Si oui: ça ne s’arrangera pas tout seul (même avec 3 mois de vacances), il vous faut de l’aide!
http://reseauburnout.org/index.php/etes_vous_en_burnout/

Manque d’encadrement, Épuisement & surcharge de travail, Horaires impossibles, Perte de sens, Déshumanisation, Positif – mars 2021

« T’es pas capable de supporter la mort? Qu’est-ce que tu fais en médecine? »

Médecin généraliste / Femme

J'avais 23 ans, j'étais stagiaire aux urgences. Mon premier jour de stage débute par une garde de nuit. Je suis appelée vers 1H pour une appendicite (pour tenir des pinces me dit-on). Lorsque j'arrive, entre-temps, une autre urgence était arrivée : une jeune femme de mon âge en arrêt cardiaque suite à une embolie pulmonaire post-accouchement. Tout le monde est "sur le pont": urgentistes, radiologues, superviseurs, on s'affaire au "déchoc". Une infirmière m'hurle dessus : va te changer, ne reste pas là, t'es sourde ou quoi? Sauf que je ne sais même pas où me changer... c'est mon premier stage dans cet hôpital, je suis complètement perdue.

Je finis par trouver, et une autre infirmière m’accueille, elle aussi en hurlant : va chercher des compresses! Les heures qui ont suivi n’ont pas arrêté de se ressembler, « va chercher ça », « fais ceci », « ‘t’es bête ou quoi?? » (car évidemment, je ne savais pas où était rangé le matériel, et j’avais beau le dire ou essayer de réclamer une explication la plus complète possible dans un contexte d’urgences, j’étais seule, sans aide et forcément lente et improductive… et me sentais très coupable de ne pas pouvoir être efficace. Pour toutes ces choses qu’on me demandait d’aller chercher, je devais sortir de la salle, et passer devant la famille de la patiente, en larmes, avec le bébé dans les bras, qui me suppliait chaque fois de donner des nouvelles : je n’en n’avais pas, je n’entendais pas de battements cardiaques sur le monitoring mais impossible de leur dire ce qu’il était en train de se passer.
Au bout d’une heure, je croise un co-stagiaire (que je ne connaissais pas vraiment) et me mets à pleurer. Il me répond « peut-être que tu gères mal le stress », « si t’as peur de la mort, fallait pas faire médecine »… là-dessus je lui demande de prendre ma place, car je n’en peux plus et l’estime plus compétent (lui il est déjà là depuis un mois), ce qu’il accepte fièrement.

Le lendemain, j’en parle à un assistant : y aura-t-il un débriefing? Peut-on en parler quelque part? Comment pourrait-on éviter cela une prochaine fois?
On me répond : « ah, t’es naïve… débriefing, jamais eu ça ici et c’est pas près de changer »…

Heureusement, j’ai appris en lisant le dossier que la patiente s’en était sortie… Heureusement, j’avais de bons amis avec qui j’ai pu en parler et oublier peu à peu cette nuit difficile…

Fin de vie, Manque d’encadrement, Épuisement & surcharge de travail – novembre 2020

Encore un peu, elle n’était plus là

Médecin généraliste / Femme

Ma cousine est assistante en anesthésie. En deuxième année de formation, elle passe une nuit pratiquement seule à gérer le service d'urgences, en enchaînant sur une journée bien chargée. Au terme de 48H sans sommeil et sans une seule pause (à peine a-t-elle pu manger debout entre deux patients), elle reprend sa voiture pour rentrer chez elle, s'endort au volant, et se crache. Par le plus heureux des hasards, elle n'est pas blessée. Mais c'est le coeur lourd que j'écris ces phrases, qui auraient pu être bien plus funestes...
Manque d’encadrement, Exploitation, Épuisement & surcharge de travail – novembre 2020

Traumatisme

Médecin généraliste / Femme

On m'a raconté aujourd'hui qu'une jeune assistante en médecine interne a été forcée d'être "sur le SMUR" alors qu'elle n'était pas formée et ne s'en sentait pas capable. Elle a été appelée pour un bébé en état critique, ça se déroulait à un mariage. Lorsqu'elle est arrivée, elle n'a pas réussi à intuber l'enfant, qui est décédé. Cet événement s'est déroulé sous les yeux d'une assemblée de 100 personnes, horrifiées. L'assistante a évidemment été traumatisée par un tel drame. Après un arrêt maladie, on l'a forcée à nouveau à reprendre les gardes SMUR, toujours sans formation...
Manque d’encadrement, Épuisement & surcharge de travail – novembre 2020

« Comment voulez-vous qu’elle soit bonne ? »

Assistant / Maison de repos / Médecine générale / Homme

Aujourd'hui, j'ai été participer à un dépistage en maison de repos. Toujours particulier, et un peu personnellement douloureux, de voir ces personnes presque délaissées de la société, que la maladie et l'âge abîment si souvent dans l'indifférence générale, sur le temps court comme sur le temps long. Sur le temps court, avec la gestion de cette épidémie où on finit par s'habituer au fait qu'il faille envoyer l'armée et Médecins Sans Frontières pour limiter les ravages de la situation. S'habituer au fait qu'une Première Ministre puisse dire que le dépistage n'est pas plus rapide car il y a un manque "de personnel mais pas de tests" (ce qui est évidemment ridicule pour quiconque travaille dans les soins de santé en Belgique actuellement).

Ici la situation était en fait pas si calamiteuse en comparaison à tant d’autres endroits. Une petite maison de repos à la gestion « familiale », où on voit bien qui est issu de quelle classe sociale à la taille et à l’état des chambres. Le directeur avait été prévenu la veille au soir de l’organisation du dépistage dans sa propre institution (nous aussi, ce qui est moins grave). L’organisation un peu chaotique et le matériel de protection de qualité relative n’ont pas empêché toute l’équipe de faire un super travail.

Mais difficile de ne pas avoir un pincement au cœur en voyant des personnes si esseulées et en souffrance, comme cette dame à qui je souhaitais une bonne journée en sortant, qui m’a répondu « Comment voulez-vous qu’elle soit bonne ? ».

Il y a quelques mois, pendant une garde, j’avais été recoudre une dame dans une maison de repos, du genre l’institution dont la chaîne est cotée en bourse, certainement pas le pire endroit, où des centaines de résidents vivent dans des couloirs richement décorés… mais où trois employées doivent s’occuper de 150 personnes pour la nuit. L’infirmière m’avait confié que « c’est quand on est dans sa voiture qu’on souffle enfin, on n’a pas eu de mort, on n’a rien sur la conscience ».

Sur le temps long, il suffit de se rappeler de comment on traitait les organisations autour de « Santé en lutte » il y a seulement quelques mois qui se battaient pour plus de moyens et de meilleures conditions de travail. De meilleures conditions de travail pour les infirmières débordées qu’on applaudit aujourd’hui à 20h ou encore pour les aide-soignants des maisons de repos sous-payés, souvent d’origine immigrée et dont la reconnaissance sociale est bien souvent inexistante.

À l’époque, pas d’applaudissement. Au mieux des édito et des commentaires politiques méprisants, au pire une indifférence médiatique enrageante. C’était aussi l’époque où une ministre de la santé pouvait dire sans complexe que si les infirmières protestaient « c’est qu’elles en avaient le temps » et celle où le consensus sur le « surplus » de médecins était dominant, avec en tête de proue les pires organisations corporatistes (l’Absym pour ne pas la nommer), les partis libéraux et conservateurs et bien souvent les autorités universitaires. Seul point positif de ce passé révolu, le roquet libéral AKA le Président du MR n’osait pas intimider les différents experts universitaires en les sommant de limiter leurs interventions publiques.

Je n’ai jamais eu beaucoup de respect humainement pour la plupart des dirigeants libéraux. Les voir aussi méprisables humainement qu’ils sont minables politiquement et intellectuellement ne devrait pas être très surprenant.
Mais j’aimerais les voir ressentir ce que des millions de personnes vivent ces dernières semaines, de solitude, de souffrance, de deuil, d’épuisement, de rage sourde.

C’est la conséquence directe de leur idéologie fondée sur la primauté du marché et du profit, et de leur incapacité intellectuelle mais presque cognitive à imaginer un fonctionnement collectif différent. Alors même que le dévouement de tant et de tant de personnes qui se dépensent sans compter pour les autres illustrent d’une façon grandiose à quel point l’humain peut être beau.

Pour « repenser demain » ou « construire la société d’après » il ne faudra pas se convaincre entre nous d’être solidaires, conscientisés ou informés. Il faudra combattre sans relâche les idées, les partis et les personnes qui mènent nos sociétés devant des situations si absurdes et tragiques, sans oublier les pâles lâches qui capitulent à la première occasion face aux menaces et à la propagande du libre-marché et de ses déclinaisons.

Déshumanisation, Épuisement, Fin de vie – avril 2020

Ouf … J’aime encore mon métier

Assistante / Cabinet / Femme

Ma première année d'assistanat en MG fût très rude en cadence (35patients/j - 5j/semaine) mais tellement enrichissante que jamais je ne finissais ma journée avec un regret. De la fatigue , des doutes et des questionnements sur la manière d'équilibrer ce métier-passion avec ma vie privée : ça oui. Mais jamais je n'ai remis durant cette première année le métier de médecin généraliste en doute : apprenant chaque jour de nouvelles techniques, de nouveaux traitements, recevant chaque jour des MERCIS des patients accompagnés. Épuisée physiquement , je me sentais prête à être une généraliste.

Ma deuxième année d’assistanat a débuté. Dans un autre lieu. J’avais osé souligner dés le début de l’année que j’étais épuisée, et que j’aimerais qu’on respecte le contrat de stage de l’université : 40 heures de travail par semaine. Je fus directement cataloguée de « feignasse » et on me conseilla vivement d’arrêter la médecine générale. Lorsque j’eus l’audace de prévoir des consultations plus longues (40minutes) pour des petites chirurgies (exérèse de lésions dermato suspectes par exemple), on me reprocha de ne pas être « rentable » pour le cabinet. Et lorsque j’acceptai de suivre des patients en soins palliatifs et de prévoir plus de 15 minutes pour ma visite à leur domicile, on me sortit la même rengaine : c’est trop d’investissements pour nous, ce n’est pas rentable , hospitalise ! Peu à peu, je me rendis compte que je n’étais qu’un outil de rentabilité et que la qualité de mes soins importait peu mon maître de stage. Je travaillais 70 heures par semaine, je n’avais jamais de réponse au téléphone lorsque j’avais besoin d’un conseil, je notifiais de nombreux dossiers qui n’étaient pas en ordre, des erreurs de prescription ou de sur-prescriptions (qu’on me poussait fortement à signer).
Cette fois, l’épuisement n’était plus uniquement physique, je m’éteignais. Je ne comprenais plus le sens de mon métier, le sens de mon investissement, je rentrais dévastée et ma vie privée a été dévastée elle aussi.
Ce matin là, après mon troisième patient, j’ai dis à la secrétaire (attentive et bienveillante malgré ce cadre) que j’aurais du retard pour les prochains patients. J’ai verrouillé la porte du cabinet et je me suis couchée au sol sur le carrelage. Je suis restée presque 1h00 allongée, seule, me demandant comment en finir/comment faire pour finir cet assistanat, espérant disparaître.
Quand je me suis relevée, j’ai appelé une amie, assistante elle aussi. Elle m’a dit de quitter le boulot. Je lui ai dis que je ne pouvais pas laisser mes patients ainsi. Elle m’a supplié de le faire. Je ne l’ai pas fait, j’ai reniflé, me suis recoiffée et j’ai repris mes consultations à la chaîne jusqu’à la fin de la journée. Je n’avais plus d’empathie, plus d’écoute, plus de conscience de ce que je faisais : parfaite machine , parfaite aux yeux de mon maître de stage comme les semaines précédentes.

À 21h30, dans la salle d’attente, il ne restait plus qu’une personne : cette amie. Elle m’a dit « tu as le temps maintenant? ». Je me suis effondrée. Le soir, nous écrivions à « médecin en difficulté ». Le lendemain, elle m’emmenait chez le médecin sur mon temps de midi.

Avec l’aide d’un psychiatre, d’un psychologue, d’un médecin généraliste et d’un réseau d’ami.e.s incroyables, j’ai aujourd’hui fini mon assistanat (à cet endroit avec uniquement 2 semaines de congé maladie). Je suis médecin généraliste. Je suis heureuse de faire ce magnifique métier. Plus jamais je ne veux oublier le sens premier de mon métier, plus jamais je ne veux redevenir cette machine et je fais tout pour que personne autour de moi n’ai à vivre ça. J’ouvre les yeux et les oreilles à mes amis encore dans leurs assistanats, à ces conditions parfois inhumaines qui leur sont imposées. Le lendemain de leurs gardes , ils savent qu’ils peuvent m’appeler. La nuit je n’ose pas fermer mon gsm : je sais que des amis assistants sont dans des états d’épuisement, de pression, d’harcèlement tels qu’ils auront peut-être besoin de quelqu’un en urgence. Je veux être disponible s’ils prennent leur téléphone pour appeler au secours.

Surcharge de travail, horaires impossibles, Perte de sens, Epuisement, Déshumanisation, Manque d’encadrement – janvier 2020

Kintsugi : brisé, le cœur devient de pierre pour les démons et d’or pour les bons

Homme / Assistant / Médecine générale / Cabinet

J’ai très mal vécu mes stages hospitaliers. Car je n’ai jamais eu à me vendre pour les concours puisqu’il n’y avait pas de concours en MG, simplement un examen à réussir, d’où cet esprit rebelle extrêmement déplaisant pour les MdS qui attendent notre servitude en échange de leur gratitude d’apprentissages.

Cela n’a jamais été mon genre, fils de médecins spécialistes, personne ne me fait peur et il ne faut pas m’ennuyer longtemps pour s’en rendre compte. Par conséquent, non-stop des tensions de mes soi-disant ‘supérieurs’. Je ne vais pas m’étendre sur mes années ‘stagiaire’ car aucun de mes 23 stages ne s’est bien passé, surtout en hospitalier, surtout au CHU, « l’industrie à monstres » comme je l’appelle depuis que j’en ai compris le fonctionnement lors de mes premiers stages. Cette histoire résumant la pierre angulaire des monstruosités vécues remonte aux soins intensifs, service géré exclusivement par 2 assistantes à peine plus âgées que moi. « Ton job consiste à remplir les scores et le programme, si tu fais bien ton job, on t’apprendra des trucs ». Il n’a pas fallu longtemps pour que je leur dise non. « Ce n’est pas comme cela que ça marche ici, tu vas avoir des mauvais points et tu ne feras jamais une spécialité ». Je m’en fiche, mon job c’est de pratiquer la médecine et je ne cède pas au chantage. Et puis mon avenir, c’est l’examen de MG et pas les faux-semblants des concours de spé. Mais cette histoire est très parlante d’une mentalité pourrie transmise de génération en génération. Passer de pute à maquerelle, que cette mentalité est belle… Même mes parents m’ont dit de mordre sur ma chique jusqu’à la fin. C’est le jour de mon diplôme que j’ai enfin cru à la délivrance. Grosse erreur car j’étais simplement sorti d’un trou pour tomber dans un autre. D’abord idéalisé, mon vieux de la vieille MdS MG s’est très vite révélé être un manipulateur narcissique, vénal, dinosaure, m’aménageant un subtil équilibre entre la surcharge (patients ou papiers) et l’ennui (rien à faire d’autre qu’attendre), me forçant à l’infantilisation, à l’émotionnalité et au formatage, détestant certaines personnes que j’aime et qui ont participé à me construire. Quant à mes collègues, tous des moutons suivant leur grand manitou. Ma formation ? Des comptes-rendus de mes activités, nothing else. Mes loisirs ? Zéro, comptabilité oblige, disponibilité oblige. Mais la pire des aventures au cours de cet assistanat a été d’être accusé d’homicide volontaire pour avoir fait un start&stop de compromis [en attendant une discussion d’équipe] avec la fille unique mandataire de soins pour une demande d’euthanasie passive chez sa maman de 90 ans en état pauci-relationnel nourrie par gastrostomie parce que « les euthanasies passives, ce n’est pas la politique de la maison » (Ce n’était qu’un bête start&stop, et une demande pour une plus ample discussion plus tard…) Pour rappel, la menace du pénal, c’est du harcèlement moral. Bref, communication ? Néant.
Mon isolement de bien-obligée autonomie et mes oppositions de libre-arbitre critique les ont encouragés à vouloir me virer il y a tout pile un an tandis que j’écris ce témoignage. Évidemment, j’ai craqué. En perte de sens, j’en ai pleuré : devait-il que ce soit partout ce choix entre l’horreur de la soumission ou la solitude du rejet des autres ? Après un burn-out de 3 jours (vendredi-samedi-dimanche) et pendant les 10 mois qui ont suivi, j’ai trouvé une réponse. Tu es médecin. Tu es à côté des gens, pas en dessous. Affirme-toi. Tu as du pouvoir, le pouvoir de tes connaissances. Libère-toi de tous ces égoïstes qui te pourrissent l’existence, en leur disant non ou au revoir, peu importe leur statut. Malgré leurs noms de maîtres de stage en chef, de secrétaire cheffe, d’infirmière cheffe, d’assistance sociale directrice cheffe, ces gens ne sont pas tes tyrans. Ton job, c’est de soigner des patients, pas d’être une espèce d’esclave multifonctionnel avec un peu de médical parsemé. Si on te dit le contraire, mets-les devant le fait accompli de ton contrat = voir minimum 15 personnes par jour, pratiquer 164h/mois. Et si, malgré tout, pour le bien-être du patient, tu dois quand même faire une tâche qui sort de tes attributions, insiste-bien auprès de lui que si tu fais ce travail, c’est parce qu’un tel a mal fait le sien. Moi c’est ce qui m’a libéré. J’aimerais tant que ce soit pareil pour les autres qui souffrent, qu’ils ne deviennent pas à leur tour des bourreaux des suivants. Car ce système de fabrication de monstres ne m’a pas brisé pour me reforger un cœur de pierre avec tout le monde, non, mais seulement avec les monstres. Car mon cœur est d’or pour ceux qui en ont besoin.
Kintsugi, l’art japonais de recoller les morceaux du pot cassé pour créer quelque chose de plus beau. Et j’ajouterai : de plus solide pour détruire ceux qui l’ont cassé. wink NB : Happy end, dans une nouvelle équipe au top. Ne te décourage pas : non si male nunc et olim sic erit !

Surcharge de travail, horaires impossibles, Perte de sens, Epuisement, Déshumanisation, Harcèlement, Manque d’encadrement, Fin de vie, Positif – décembre 2019

Un oubli ?

Assistante / Hôpital / Femme

Je suis assistante en 2e année en médecine générale. Après avoir fait un an d’assistanat en médecine interne avec un travail de 50 à 75h par semaine, me voila maintenant en médecine générale, à travailler avec un horaire normal (38h par semaine). Mon année de travail hospitalière a été très dure psychologiquement et physiquement mais ce n’était qu’une année et c’est donc passé assez vite. Ce n’est rien comparé à un assistanat complet en médecine interne.

Être responsable de 15 à 30 patients tous les jours, souvent très malades, parfois mourants et devoir bâcler son travail, devoir apprendre sur le tas et improviser car on n’a pas le temps de se former, c’est la réalité, pour moi, de l’assistanat en hôpital. J’ai eu des tas d’expériences positives et négatives durant cette année, qui a été de manière générale très intense. J’ai appris beaucoup, surtout sur mes limites personnelles. J’ai du gérer une service de gériatrie (30 patients) seule (comme médecin), avec par moments un décès par jour, sans toujours pouvoir expliquer aux familles la cause du décès car j’étais perdue et que mon superviseur n’avait pas le temps de m’aider.

J’ai du annoncer un décès à une famille qui venait en visite car mon superviseur avait oublié de les appeler. J’ai aussi, bien sûr, plein de souvenirs positifs du travail avec les équipes soignantes et leur dévouement individuel pour les patients. Mais pour moi, l’organisation de l’hôpital fait en sorte que plus personne n’a le temps ou l’énergie d’être présent et de faire un travail de qualité comme il le pourrait si le travail était plus humain et réaliste. Je n’en veux pas à mes patrons, ils sont pris dans un spirale d’ambition et de fierté moulée par le système actuel et ils ont peur de voir diminuer un salaire, surement trop élevé, mais auquel ils se sont habitués. L’hôpital est aujourd’hui une entreprise et le médecin est responsable de sa bonne gestion et de sa rentabilité.

Si on n’a pas l’occasion d’en sortir pour voir comment les choses fonctionnent ailleurs, on peut penser qu’il n’y a pas d’autre solution. Je pense que beaucoup de spécialistes n’ont jamais connu et n’imaginent pas le bonheur d’avoir un horaire et une charge de travail normal, qui permettent une prise en charge des patients avec une écoute, une patience et une empathie complète que seul le bien-être du soignant peut permettre.

Épuisement & Surcharge de travail

Une organisation douteuse

Assistante / Hôpital / Femme

Le jour où j’ai commencé à réaliser à quel point j’étais exténuée… Première année d’assistanat aux Urgences. 6 mois passés dans un premier hôpital, 4 mois à ce moment dans un autre. Je viens d’enchaîner 7 jours de boulot à raison de 12-13h par jour. Premier (et seul) jour off avant de reprendre pour 6 jours. Je me réveille tranquillement, je traîne dans mon lit quand je reçois un message « dit, tu voulais qu’on se voit cet aprem mais… tu es à l’horaire aujourd’hui… tu savais ? ». Quoi ?!?!?!..

J’ai sauté de mon lit en panique et vérifié ce foutu horaire… en effet… j’étais inscrite dans une case, dans une autre couleur que d’habitude donc je n’avais pas vu…

Les larmes sont venues aussi vite. Pas des petites larmes qui montent gentiment aux yeux. Des sanglots comme je n’en ai jamais eus, incontrôlables. Ca veut dire que je bosse 14 jours d’affiler, sans un jour off, alors que je me sens tellement exténuée… ?!?!?! J’ai appelé mon amie et j’ai éclaté « j’en peux plus, je vais jamais tenir, je suis complètement à bout… J’arrive plus à réfléchir tellement je suis fatiguée, je vais finir par faire une erreur médicale si ça continue comme ça !!!!! »Ça c’était en juillet.

En août, enfin une semaine de vacances.Quand on part en vacances on se dit qu’on va pouvoir reprendre le boulot plus sereinement.Moi j’étais en pleurs dans les bras de ma mère à l’idée de retourner dans cette boîte…

En septembre, dernière semaine avant le changement de lieu de stage. Je suis à l’horaire 7j/7… encore.Avec un déménagement à assumer. Attendue le lundi matin de la semaine suivante à 7 :00 en salle d’op dans le nouvel hôpital.Moral à plat, fatigue extrême… la moindre émotion est multipliée par 10. Je parle d’un cas clinique avec un de mes patrons et ma voix tremble et les larmes montent toutes seules. Il me demande d’un air un peu absent ce qu’il se passe. « rien… je sais pas…. je suis juste claquée et je dois bosser 7j cette semaine, déménager (quand ???), recommencer lundi à 7h… j’avoue que j’ai du mal ». Il me regarde à peine, continue ses recherches sur son ordinateur et me dit « fait au jour le jour ça va aller ». Vive le soutien !

Épuisement & Surcharge de travail