Sélectionner une page

Témoignages : Racisme

Un aller simple !

Assistant / Médecine spécialisée / Hôpital/Clinique / Homme

Je suis aujourd'hui assistant de spécialité et les faits que je décris ci-dessous se sont passés quand j'étais encore stagiaire. J'étais à l'époque en stage de chirurgie dans un hôpital universitaire. Je me trouvais plus précisément en rotation de chirurgie bariatrique. Nous réalisions beaucoup de bypass par coelioscopie. Dans ce type de chirurgie, il est fréquent qu'une personne (souvent le stagiaire) soit désignée pour tenir le foie en hauteur à l'intérieur de l'abdomen afin de dégager les viscères et laisser le champ libre au chirurgien pendant l'opération.

Un chirurgien, d’un premier abord plutôt sympathique, m’a demandé « d’où je venais ». Quand je lui ai répondu « Bruxelles », il m’a demandé « et avant ça ? ». Je suis un afrodescendant et c’est une question très fréquente en Belgique que j’attribue le plus souvent à de la curiosité plutôt qu’à une forme de racisme. Je lui ai donc répondu qu’elle était ma nationalité d’origine et l’opération a commencé. Une fois entré dans la cavité abdominal, le chirurgien se saisit du foie à l’aide d’une pince et me la tend. En me la tendant il prononce ces mots : « Tiens, ça c’est le foie, il ne peut pas tomber et si tu le lâches je te renvoie en aller simple dans ton payer d’origine ». Personne n’a réagi dans la salle. J’étais tellement sidéré par ce qui venait de se passer que j’ai fait ce qu’il m’a dit, incapable de pouvoir prononcer le moindre mot.

Mais difficile de ne pas avoir un pincement au cœur en voyant des personnes si esseulées et en souffrance, comme cette dame à qui je souhaitais une bonne journée en sortant, qui m’a répondu « Comment voulez-vous qu’elle soit bonne ? ».

Il y a quelques mois, pendant une garde, j’avais été recoudre une dame dans une maison de repos, du genre l’institution dont la chaîne est cotée en bourse, certainement pas le pire endroit, où des centaines de résidents vivent dans des couloirs richement décorés… mais où trois employées doivent s’occuper de 150 personnes pour la nuit. L’infirmière m’avait confié que « c’est quand on est dans sa voiture qu’on souffle enfin, on n’a pas eu de mort, on n’a rien sur la conscience ».

Sur le temps long, il suffit de se rappeler de comment on traitait les organisations autour de « Santé en lutte » il y a seulement quelques mois qui se battaient pour plus de moyens et de meilleures conditions de travail. De meilleures conditions de travail pour les infirmières débordées qu’on applaudit aujourd’hui à 20h ou encore pour les aide-soignants des maisons de repos sous-payés, souvent d’origine immigrée et dont la reconnaissance sociale est bien souvent inexistante.

À l’époque, pas d’applaudissement. Au mieux des édito et des commentaires politiques méprisants, au pire une indifférence médiatique enrageante. C’était aussi l’époque où une ministre de la santé pouvait dire sans complexe que si les infirmières protestaient « c’est qu’elles en avaient le temps » et celle où le consensus sur le « surplus » de médecins était dominant, avec en tête de proue les pires organisations corporatistes (l’Absym pour ne pas la nommer), les partis libéraux et conservateurs et bien souvent les autorités universitaires. Seul point positif de ce passé révolu, le roquet libéral AKA le Président du MR n’osait pas intimider les différents experts universitaires en les sommant de limiter leurs interventions publiques.

Je n’ai jamais eu beaucoup de respect humainement pour la plupart des dirigeants libéraux. Les voir aussi méprisables humainement qu’ils sont minables politiquement et intellectuellement ne devrait pas être très surprenant.
Mais j’aimerais les voir ressentir ce que des millions de personnes vivent ces dernières semaines, de solitude, de souffrance, de deuil, d’épuisement, de rage sourde.

C’est la conséquence directe de leur idéologie fondée sur la primauté du marché et du profit, et de leur incapacité intellectuelle mais presque cognitive à imaginer un fonctionnement collectif différent. Alors même que le dévouement de tant et de tant de personnes qui se dépensent sans compter pour les autres illustrent d’une façon grandiose à quel point l’humain peut être beau.

Pour « repenser demain » ou « construire la société d’après » il ne faudra pas se convaincre entre nous d’être solidaires, conscientisés ou informés. Il faudra combattre sans relâche les idées, les partis et les personnes qui mènent nos sociétés devant des situations si absurdes et tragiques, sans oublier les pâles lâches qui capitulent à la première occasion face aux menaces et à la propagande du libre-marché et de ses déclinaisons.

Racisme, déshumanisation – octobre 2020

Dicscrimination et infantilisation, crimes de lèse majesté

Assistant / Clinique / Hôpital / Homme / Médecine spécialisée

L’infantilisation et le mépris que j’ai subis avec cette volonté quotidienne d’humilier les Medecins en formation et ce dans de grands centres universitaires, allant parfois jusqu’à être mis en situation , llivré à vous même ou la vie même du patient est mise sciemment en danger est monnaie courante et inadmissible ! Avec une charge de travail et des horaires de 60 à 80h / semaine.

Et pas d’accompagnement à l’apprentissage, c’est scandaleux de priver les gens de leur dignité humaine là où même vous êtes sensé y apprendre toutes les nuances et sensibilité ! Ceci malgré un parcours académique exemplaire ! Et c’est apparemment ce qui les irritaient au plus haut point ! Alors c’est peut-être tabou dans le milieu médical, il existe une discrimination raciale exacerbée par des résultats et maîtrise technique brillante !!
Une des chefs de clinique adjointe m’a traité constamment d’insupportable je-sais-tout en quittant la salle d’op’ en claquant la porte, ce qui est complètement illégal. Mais maintenant moi j’ai fermé cette porte derrière moi et responsabilise au maximum mes assistants qui prennent confiance en leurs capacités à gérer des situations de crise et qui sauvent des vies.
N’est ce pas là le principe même de l’art de guérir ?

Racisme, surcharge de travail, horaires impossibles, déshumanisation – novembre 2019