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Témoignages : Manque d’encadrement

Ce que j’aurais aimé qu’on m’ait dit en tant que stagiaire

Médecine générale / Femme / Assistante / Cabinet

1. N’oublie pas que tu es bien plus que « le/la stagiaire ». C’est un rôle où on te fait croire que tu dois tout accepter, être à la merci des autres, prendre des initiatives tout en restant discret•ète, être tout le temps sympathique, serviable,… Tu es avant tout toi-même; ne laisse pas ce statut affecter ton estime de toi.

2.      Bien sûr que tu as les capacités pour être médecin, tu es en train de les développer pardi! Ni les médecins superviseurs, ni les assistants n’ont été formés pour te former ou te donner du bon feed-back. Ne laisse pas leurs commentaires/l’absence de commentaires t’anéantir. Tu as le droit de poser des questions, de ne pas savoir, de ne pas réussir un acte, de faire des erreurs, d’être fatigué•e, de dire non. Et tu as le droit de l’exprimer.
3.      Il est important d’être en phase avec la décision que tu prendras l’année prochaine. Entrer dans le milieu du travail est suffisamment stressant et fatigant comme ça; évite de saupoudrer tout cela de doutes.
4.      Tu as déjà fait tes preuves, regarde où tu es arrivé•e! Choisis ta spécialisation/ton orientation parce que tu en as envie, pas pour te prouver aux autres/à toi-même. La pression sociale n’est pas un mythe et nous y sommes tou•te•s confronté•es. Sois honnête avec toi-même et apprends à t’écouter. Seul•e toi peux savoir ce qui te convient.
5.      Rien ne presse. Prends du recul. Tu as toute la vie pour devenir médecin. Tu as aussi le droit de faire autre chose que la médecine, que ce soit temporairement ou pour toujours. L’assistanat n’est pas la seule façon d’obtenir ta « liberté », ni d’ailleurs de trouver du sens.
6.      Si tu ne sais pas ce que tu aimes faire, ce n’est certainement pas une bonne idée de foncer tête baissée. Prends 6 mois, 1 an; voyage, fais un triple zéro (à mi-temps), travaille dans un magasin, une librairie, une ferme; apprends une nouvelle langue, le piano, la cuisine. Tu ne seras épanoui•e en tant que médecin que si tu sais qui tu es en tant que personne.
7.      Si tu sais ce que tu veux faire mais que tu as l’impression de devoir précipiter ta décision, tu n’es pas obligé•e de la prendre tout de suite. Certes, il y a une deadline pour ton inscription au concours, mais tu peux toujours te retirer au dernier moment ou changer d’avis. Personne ne t’en tiendra rigueur. Tu ne perdras pas ta place. Tu n’es pas anormal•e, c’est l’université qui est rigide et n’aime pas se confronter au changement/aux parcours atypiques. Chacun son parcours de vie et son rythme.
Lorsque tu sauras vraiment pourquoi tu présentes un concours (ou pas), tu ne le feras qu’avec plus de conviction et tu ne réussiras que mieux.
8.      Tu n’es pas seul•e. Tout le monde se pose des questions. Nombreux sont ceux qui ont des difficultés pendant leur année de stage, rares sont ceux qui en parlent ouvertement. Ne reste pas seul•e avec tes questionnements, parles-en.
9.      Ne te laisse pas guider par ton ego, mais par tes aspirations et tes valeurs. Les études de médecine nourrissent fortement l’ego, elles encouragent la performance. Si tu ne te sens pas concerné•e, c’est que tu n’en as tout simplement pas encore pris conscience.
Pose-toi la question: fais-tu ce choix par fierté, parce que tu as reçu des compliments, parce qu’on te dit que tu en serais capable, pour le statut social que tu obtiendrais? Ou le fais-tu parce que ça te plairait réellement ?
10.     Faire un choix de spécialisation/d’orientation par élimination n’est pas réellement faire un choix. C’est du damage control ou de la fuite et cela signifie que tu puises déjà dans tes réserves. En devenant assistant, tu auras des responsabilités, des travaux et de la matière à revoir ; en as-tu envie ? Si tu as le sentiment qu’il n’y a pas d’autre issue que l’assistanat, ce n’est pas une bonne raison de commencer. Il y a d’autres voies tout aussi intéressantes et nobles que la médecine clinique. Prends le temps de les explorer.
11.     La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Pense aux futurs horaires, à l’organisation du rythme de travail, au travail solo/en équipe, au type de supervision,… Ton expérience de stagiaire n’est pas la même que celle des assistants, demande leur! Et ton expérience d’assistant ne sera pas la même non plus, connais tes besoins.
12.     Sois attentif•ve aux signes : ce sont des signes d’épuisement ! Considère les!
- Ecoute tes émotions et ton corps, ils sauront toujours mieux que ta raison. La colère, l’amertume, le sentiment d’injustice, la tristesse, la solitude, le dégoût, l’incompréhension; insomnies, angoisses, troubles de l’appétit, troubles digestifs, rhumes à répétition, fatigue, blessures sportives,…
- Est-ce que tu te distancies de tes proches? Ou au contraire, vois-tu beaucoup de monde sans pour autant te détendre? Les disputes avec ton copain/ta copine s’enchaînent-ils? Sors-tu d’une rupture? Culpabilises-tu parce que tu as l’impression de ne pas faire assez/ce qu’il faut? As-tu envie de fuir? Ta mémoire te joue-t-elle des tours? Bois-tu plus d’alcool que d’habitude? Les gens t’irritent-ils?
13.     Etre (futur•e) médecin ne fait pas de nous des SUR-hommes/femmes. Certes, nous avons traversé des épreuves titanesques, mais nous avons tous un seuil de tolérance. L’assistanat n’allégera pas ta mallette, au contraire. A toi de la vider avant de commencer. Et s’il te plaît, si tu ne trouves pas les réponses seul•e, ouvre-toi à quelqu’un de neutre (consulte un•e psy quoi) pour t’aider. Tu le dirais bien aux patients, non? (liens cf ci-dessous)
14.     Prendre une pause/être sous ITT/arrêter complètement/consulter un•e psy n’est en aucun cas un échec! Il faut bien plus de courage pour affronter le vide, l’inconnu et ses propres bêtes noires que de se laisser porter par la vague d’étudiants sortants. Sois courageux•se. D’ailleurs, si tu penses à consulter un•e psy, le manque de temps est une excuse, pas une raison valable! C’est du temps bien investi!
15.     Prends soin de toi et entoure-toi bien. Vois des amis médecins qui comprennent ta situation; mais aussi des non-médecins qui te rappelleront qu’en dehors de ton travail il y a un merveilleux monde plein de belles choses! Si tu ne t’écoutes pas maintenant, un jour tout cela finira par te rattraper, et durement (crois-moi).
16.     Si tu te sens bien dans ton parcours et que tu n’en peux plus d’attendre d’être enfin médecin; félicitations et profite ! 🙂

Signé:
Anonyme, assistante en 2e année de médecine générale.
J’ai toujours bien réussi mes études, je pensais vraiment bien faire et, pourtant, je suis en burn-out. Cela nous arrive à tous, même (et surtout) aux « battant•e•s ».
Comme vous le savez, l’assistanat en médecine est un milieu propice à l’épuisement et nous sommes nombreux à passer par là. Toutefois, vous pouvez éviter cela en étant bien avec vous-mêmes et en sachant ce que vous valez. Vous arriverez ainsi à comprendre vos limites (≠ faiblesses!) et à mieux les (faire) respecter.
Je ne vous envoie pas ce message pour vous submerger d’anxiété, mais justement pour vous inviter à vous préserver!  Et, croyez-moi, vous allez aussi et très certainement vivre des moments précieux. C’est un très beau métier, il suffit d’être bien armé. 🙂

Plein de courage à vous tous!

Voici un lien vers les psychologues qui bénéficient d’un bon remboursement jusqu’à 8 séances par an:
https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1GLAO4r5qc2fqXSSgLqfhD7qvZ5_iO663&ll=50.515293542185645%2C4.441372499999963&z=9

Faites un test pour savoir si vous êtes en burn-out. Si oui: ça ne s’arrangera pas tout seul (même avec 3 mois de vacances), il vous faut de l’aide!
http://reseauburnout.org/index.php/etes_vous_en_burnout/

Manque d’encadrement, Épuisement & surcharge de travail, Horaires impossibles, Perte de sens, Déshumanisation, Positif – mars 2021

« T’es pas capable de supporter la mort? Qu’est-ce que tu fais en médecine? »

Médecin généraliste / Femme

J'avais 23 ans, j'étais stagiaire aux urgences. Mon premier jour de stage débute par une garde de nuit. Je suis appelée vers 1H pour une appendicite (pour tenir des pinces me dit-on). Lorsque j'arrive, entre-temps, une autre urgence était arrivée : une jeune femme de mon âge en arrêt cardiaque suite à une embolie pulmonaire post-accouchement. Tout le monde est "sur le pont": urgentistes, radiologues, superviseurs, on s'affaire au "déchoc". Une infirmière m'hurle dessus : va te changer, ne reste pas là, t'es sourde ou quoi? Sauf que je ne sais même pas où me changer... c'est mon premier stage dans cet hôpital, je suis complètement perdue.

Je finis par trouver, et une autre infirmière m’accueille, elle aussi en hurlant : va chercher des compresses! Les heures qui ont suivi n’ont pas arrêté de se ressembler, « va chercher ça », « fais ceci », « ‘t’es bête ou quoi?? » (car évidemment, je ne savais pas où était rangé le matériel, et j’avais beau le dire ou essayer de réclamer une explication la plus complète possible dans un contexte d’urgences, j’étais seule, sans aide et forcément lente et improductive… et me sentais très coupable de ne pas pouvoir être efficace. Pour toutes ces choses qu’on me demandait d’aller chercher, je devais sortir de la salle, et passer devant la famille de la patiente, en larmes, avec le bébé dans les bras, qui me suppliait chaque fois de donner des nouvelles : je n’en n’avais pas, je n’entendais pas de battements cardiaques sur le monitoring mais impossible de leur dire ce qu’il était en train de se passer.
Au bout d’une heure, je croise un co-stagiaire (que je ne connaissais pas vraiment) et me mets à pleurer. Il me répond « peut-être que tu gères mal le stress », « si t’as peur de la mort, fallait pas faire médecine »… là-dessus je lui demande de prendre ma place, car je n’en peux plus et l’estime plus compétent (lui il est déjà là depuis un mois), ce qu’il accepte fièrement.

Le lendemain, j’en parle à un assistant : y aura-t-il un débriefing? Peut-on en parler quelque part? Comment pourrait-on éviter cela une prochaine fois?
On me répond : « ah, t’es naïve… débriefing, jamais eu ça ici et c’est pas près de changer »…

Heureusement, j’ai appris en lisant le dossier que la patiente s’en était sortie… Heureusement, j’avais de bons amis avec qui j’ai pu en parler et oublier peu à peu cette nuit difficile…

Fin de vie, Manque d’encadrement, Épuisement & surcharge de travail – novembre 2020

Encore un peu, elle n’était plus là

Médecin généraliste / Femme

Ma cousine est assistante en anesthésie. En deuxième année de formation, elle passe une nuit pratiquement seule à gérer le service d'urgences, en enchaînant sur une journée bien chargée. Au terme de 48H sans sommeil et sans une seule pause (à peine a-t-elle pu manger debout entre deux patients), elle reprend sa voiture pour rentrer chez elle, s'endort au volant, et se crache. Par le plus heureux des hasards, elle n'est pas blessée. Mais c'est le coeur lourd que j'écris ces phrases, qui auraient pu être bien plus funestes...
Manque d’encadrement, Exploitation, Épuisement & surcharge de travail – novembre 2020

Traumatisme

Médecin généraliste / Femme

On m'a raconté aujourd'hui qu'une jeune assistante en médecine interne a été forcée d'être "sur le SMUR" alors qu'elle n'était pas formée et ne s'en sentait pas capable. Elle a été appelée pour un bébé en état critique, ça se déroulait à un mariage. Lorsqu'elle est arrivée, elle n'a pas réussi à intuber l'enfant, qui est décédé. Cet événement s'est déroulé sous les yeux d'une assemblée de 100 personnes, horrifiées. L'assistante a évidemment été traumatisée par un tel drame. Après un arrêt maladie, on l'a forcée à nouveau à reprendre les gardes SMUR, toujours sans formation...
Manque d’encadrement, Épuisement & surcharge de travail – novembre 2020

Les stages de médecine ne m’ont jamais autant fait douter de moi

Stagiaire / Hôpital / Clinique / Médecine générale / Femme

Durant mes études de médecine, j´étais très stressée en ayant toujours peur de ne pas savoir assez et d´échouer, mais l´entrée dans les stages de médecine ont été un moment amer pour moi et surtout les stages intra-hospitalier. Je ne me suis jamais sentie aussi nulle et inutile de ma vie qu'en stage de médecine,Durant mes études de médecine, j'étais très stressée en ayant toujours peur de ne pas savoir assez et d'échouer, mais l'entrée dans les stages de médecine ont été un moment amer pour moi et surtout les stages intra-hospitalier. Je ne me suis jamais sentie aussi nulle et inutile de ma vie qu'en stage de médecine.

Je me souviens d’un chirurgien qui m’a littéralement balancé mes 4 vérités et ce qui l’énervait chez moi devant des patients en consultation, comme ça et pour me reparler normalement juste après comme si de rien n’était, comme si je devais faire comme si ses paroles ne m’avaient pas affectée. Je ne compte plus le nombre de jours ou je pleurais au téléphone avec ma maman en lui disant qu’ils avaient raison, que je n’étais pas assez bien pour ce métier, que j’étais nulle et incapable. Tous les jours, je me réveillais la boule au ventre avant de partir au bloc, ne faisant plus attention à moi, me levant comme pour effectuer des tâches ingrates de tenir des instruments pendant 4h sans voir 1 seule chose et devant rigoler à leurs blagues misogynes dans le bloc.
J’ai aussi une fois dû tenir une salle d’hospitalisation seule, sans superviseur et sans savoir quoi faire, avec des infirmières venant constamment me demander ce que je devais faire et levant les yeux au ciel lorsque je leur disais que je ne savais pas ( j’étais stagiaire, mon rôle était justement d’apprendre et pas de donner des indications médicales) j’avais droit à des remarques de leur part en me demandant si j’étais bien en dernière année en me faisant très bien comprendre que mon niveau était médiocre, piques et moqueries ont fusé ces 15 jours-là.
Quand j’y repense, tout ceci me dégoute et je suis dégoutée du travail en hôpital, je ne comprends pas pourquoi certaines personnes prennent encore de l’énergie à détruire le peu de confiance qu’il reste chez une autre personne. Nous les stagiaires nous ne sommes pas encadrés, on attend de nous de tout savoir et d’être compétents dès le premier jour de stage, et si nous sommes un peu sensibles et qu’on ne s’affirme pas assez, on nous marche dessus. J’ai détesté cette période de ma vie et si c’était à refaire, je ne le referai sûrement pas, je choisirais une autre filière d’étude.

Perte de sens, Déshumanisation, Manque d’encadrement – mars 2020

Quand un soutien psychologique est offert à tous, sauf à nous

Stagiaire / Hôpital / Clinique / Femme

On voit des choses extraordinaires lors de nos stages, des choses qui nous ont fait rêver depuis longtemps, mais on voit aussi des choses douloureuses, affreuses et parfois inhumaines. Dans les hôpitaux il existe des cellules de soutien psychologique pour aider les familles à faire face à ce genre de choses, pour les aider à faire le premier pas dans leur vie suite à ces nouvelles dramatiques. Mais QUID des médecins, des étudiants, des infirmiers, du personnel soignant? On oublie que nous aussi nous sommes des humains, dotés d'un coeur et d'une âme, et que nous faisons face non pas à une nouvelle dramatique mais à plusieurs, et ce parfois des jours consécutifs, et nous devons faire face.

Mais comment faire face quand personne n’est là pour écouter notre détresse? Pour nous aider à prendre cette tristesse et à la supporter?
J’ai vécu un stage en néonatalogie extrêmement difficile, où j’étais étonnée de voir comment l’encadrement psychologique des parents vivants des drames insupportables était merveilleux tandis que celui offert aux soignants était presque inexistant. Je suis rentrée chez moi, en ayant assisté à mon premier décès, celui d’un petit bout d’à peine quelques jours, seule, en larmes avec personne à qui parler et personne pour m’aider à comprendre pourquoi cette situation provoquait une telle réponse émotionnelle en moi. J’ai donc « encaissé », puis est venu le drame suivant, à encaisser lui aussi. Toutes ces situations sont donc finalement enterrées en moi, mais à la première occasion tout ressort et des crises de larmes explosent, parfois elles explosent en voiture sur un long trajet entre l’hôpital et chez moi, parfois dans mon lit, parfois à un repas de famille avec des yeux plein d’incompréhension me regardant tout autour de la table.
Alors une question me vient : comment accompagner les patients dans leur souffrance, comment les soutenir et les aider quand nous même nous souffrons et que nous ne voyons aucune solution pour nous défaire de ce fardeau ? Je pose là une question ouverte, mais aussi un message d’alerte. Avant de restructurer les hôpitaux, de créer de nouveaux centres, d’augmenter les salaires des têtes bien pensantes, ne serait-il pas judicieux d’investir dans le bien être du personnel soignant, en vue d’offrir des prestations de soins de qualité pour tous?
Une étudiante en médecine déjà fatiguée par notre système défaillant.

Manque d’encadrement – février 2020

Unissez-vous

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Il faut que les assistants s'unissent par spé pour comparer leur vécu et discuter de solutions. Chacun semble souffrir/subir de son côté, compter les jours jusqu'au changement de stage, enchaîner les gardes sans supervision... Mais qu'est-ce qu'on fait concrètement contre cette situation. Réunissez-vous et parler d'une voix pour faire bouger les choses. Les besoins de chaque spé étant différents il faut des sous groupes pour aborder les choses concrètement! Ne les laissez pas vous avoir à l'usure et recommencer la même chose avec ceux qui passent après vous juste parce que vous avez fini et n'en pouvez plus.
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Prendre sa formation en main

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Beaucoup d'assistants râlent sur la qualité de leur formation et subissent des horaires insupportables, finissent leur année dans un établissement, claquent la porte et se disent que ce n'est plus leur problème que le lieu de stage n'est pas formateur. Mais ils vont aller dans un prochain établissement où les assistants avant eux ont claqué la porte de la même manière sans essayer d'améliorer les choses pour les prochains. Parlez aux maîtres de stages sur ce qui était bien et pas bien dans votre année. Ils ne peuvent rien faire si vous ne vous plaignez pas. Et allez y groupés. Il faudrait aussi instaurer une évaluation des lieux de stage pour avoir plus d'impact et les obliger à améliorer la formation dans leur institution. Exigez des débriefings. Ce n'est normal d'avoir une côte de stage, même de 80%, si on ne vous a jamais dit comment arriver à 100%. Clarifiez vos attentes envers le stage et les attentes du maître de stage avant de commencer et réévaluez votre évolution régulièrement. Aussi n'attendez pas que la formation parfait tombe du ciel (sauf mon chef actuel). Il y a pleeeeiiin de workshop, séminaires, congrès, cours sur cadavres organisés par des gens motivés, qui donnent de leur temps pour vous aider compléter votre formation. Trop souvent ces événements ne sont pas complets. Vous devez reprendre votre formation en main. Sinon il faut arrêter de râler...
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

Des bêtes à concours

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

J'ai eu pas mal d'étudiants en médecine en stage cette année. Je déplore que après 5-6-7 ans d'études, de multiples blocus, d'examens, de stress et de stages personne ne semble leur avoir appris à se poser les bonnes questions, à remettre en question et à comprendre ce qui se passe. On en demande tellement pendant les études, il faut connaitre chaque spécialité à l'examen comme si on allait devenir ce spécialiste à la fin qu'on fini par ne pas retenir les bases de ces différentes matières qui serviront à chaque spécialiste plus tard. On doit connaitre les malformation cardiaques congénitales mais on ne sait pas lire un ECG. On connait les indication d'endoprothèse fenêtrée mais on connait pas la différence entre une TVS et une TVP. On rempli tellement de dossier d'entrants qu'on oublie de se demander: tiens, les patients ont les mêmes symptômes mais en vont pas avoir la même intervention: POURQUOI. Les étudiants sont tellement stressés par leur examens, la côte de stage , qui jouent dans leur ranking pour une place en spé qu'ils n'osent pas poser des questions en stage. J'oblige mes étudiants à poser des questions et à remettre en question mes décisions pour comprendre par quel chemin je suis arrivée à cette conclusion. Recentrons la formation en médecine sur les connaissances que chaque médecin, quel que soit sa spécialité future, connaisse les bases. Et surtout former un médecin ce n'est pas que évaluer sa capacité à retenir un maximum de détails inutiles, mais plutôt lui apprendre à réfléchir et arriver à des conclusions logiques.
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

« Remettre la formation au centre de notre assistanat »

Assistant / Clinique / Femme / Médecine spécialisée

Je suis à deux semaines de finir ma spécialisation en chirurgie. Je regrette que malgré les horaires très lourds je n'ai pas assez appris. Les assistants assurent les gardes pour que l’hôpital tourne, font les paperasses, les tours, assistent, mais quand est ce qu'il apprennent à devenir autonome. Ce n'est que dans ma dernière année que j'ai eu un chef pour qui c'était une priorité que je sois autonome en sortant de ma formation. J'ai eu des consultations, des patients à ma charge, des décisions à prendre et j'ai appris à opérer. Pendant mes autres années j'ai l'impression d'avoir surtout servi, fait les corvées et appris à assister les chefs, sans apprendre à devenir eux. Mais je ne veux pas être eux. J'espère que mes futurs stagiaires sortiront avec plus d'autonomie, de capacité technique et de jugement, et surtout avec plus de confiance en eux qu'en arrivant dans mon stage. Tout chirurgien ou autre médecin "formateur" à l’obligation de former son assistant puisqu'il profite bien de sa main d'oeuvre bon marché.
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

« Le stagiaire n’est qu’un secrétaire »

Assistant / Clinique / Femme / Médecine générale

Je rentre en seconde année d'assistanat mais je j'arriverai jamais à oublier les stages... J'avais vraiment l'impression d'être relayée au rang de secrétaire... J'ai été un mois dans un service de cardiologie mais qui ne faisait que des électifs... donc le matin je voyais les gens juste pour leur demander leur liste de médicaments, les antécédents... rédiger le courrier pour les 30 chambres, leur donner la lettre fin se journée et... voilà... Je n'ai pas appris un seul truc utile de tout le mois... Jai pas vu une seule fois un patron... Jai décidé d'aller me plaindre au maître de stage quitte à me faire mal voir, il m'a simplement répondu "Oui on sait qu'on ne vous apprend rien, mais il y a pas assez de mains à l'hôpital et une secrétaire coûte de l'argent contrairement à vous, c'est pour ça qu'on accepte les stagiaires" et beaucoup d'autres stages se sont ressemblés... des papiers, courriers, ... et ca en apprenant rarement un truc utile... souvent aux urgences on faisait toute l'anamnese des entrants, les papiers, et bien souvent l'urgentiste clôturait avec nos infos, nous laissait pas consulter avec lui et nous demandait d'avancer sur le dossier du prochain.. Je suis bien contente d'être assistante aujourd'hui... on nous respecte beaucoup plus même si c'est pas toujours parfait !
Perte de sens, Manque d’encadrement – septembre 2019

« Alors le stage à ******, beaucoup d’assistés? »

Stagiaire / Hôpital / Homme

Il y a quelques semaines, je suis arrivé avec une bonne nouvelle dans la chambre d’un patient: il allait pouvoir sortir! Un peu plus tard, la superviseuse passe dans le bureau médical pour nous annoncer que l’épouse du patient était allée lui demander les larmes aux yeux de le garder quelques jours de plus...le temps qu’elle reçoive sa pension du mois, parce qu’elle n’avait plus d’argent et rien à la maison pour nourrir son mari. ...

Un homme avec une leucémie chronique, une hépatite C et une artériopathie, à qui l’épouse ne peut même pas payer de la nourriture.

À peine quelques jours plus tard, j’entre dans la chambre d’une autre patiente. Une dame âgée, tombée dans sa cave et restée au sol un moment avant d’être retrouvée en hypothermie. Elle est assez vite remise sur pied. Dans un moment libre je vais la voir, en présence de son mari, pour leur donner les conseils ergonomiques que je viens de lire pour prévenir les chutes.
En revenant au bureau médical, le médecin m’explique qu’ils n’ont plus les moyens ni d’installer une lampe dans la cave, ni de payer le chauffage, et qu’une maison forcément si froide explique sans doute l’hypothermie importante (23deg Celsius).

Alors là je me suis senti bien con. Bien con et impuissant. Je veux aller faire le bon stagiaire à expliquer qu’il faut mettre des lampes bien partout dans les couloirs, remplacer le téléphone par un sans-fil ou je ne sais quel conseil de prévention. Ou alors je crois annoncer une bonne nouvelle sans me rendre un instant compte de la misère que vivent ces gens.

On apprend un tas de trucs pour aider les gens, mais qu’est-ce qu’on change fondamentalement pour eux? Quand c’est un couple de retraités (largement) sous le seuil de pauvreté (comme une grande partie d’entre eux)? On est censés faire quoi? Se dire qu’on ne se mêle pas de politique et qu’on prescrit nos petits médicaments tranquillement sans en demander plus?

Ensuite en discutant avec d’autres stagiaires, quelqu’un me demande : « alors le stage à******, beaucoup d’assistés? ».

Euh.

En fait, surtout beaucoup de pauvres. Des gens victimes d’une mondialisation à laquelle ils finissent par se soumettre, de politiques qu’ils détestent sans les combattre, et d’une société qui les méprise.
Alors être en médecine c’est pas être politicien. Mais il va bien finir par falloir se demander ce que ça signifie « vouloir guérir des gens », en « prendre soin » ou être « empathique » si on est incapable de ressentir de l’indignation ou de la colère face aux injustices qui nous crèvent les yeux dès lors qu’on accepte de les voir.

Manque d’encadrement

« C’est pas un métier, c’est un abattoir ».

Stagiaire / Hôpital / Homme

« C’est pas un métier, c’est un abattoir ».C’est ce que m’a dit aujourd’hui une patiente, en me parlant de ses cinq frères, tous décédés de cancers respiratoires ou de pneumoconioses après avoir travaillé pendant 40 ans dans les mines et les charbonnages. ...

Des gens qui sont morts pas très loin de la misère. Des gens dont presque plus personne ne se souvient, qu’on traiterait vulgairement de « barraki », et dont les enfants et petits-enfants vivent pour la plupart dans la pauvreté dans la même région (Hainaut, neuvième zone la plus pauvre d’Europe du Nord).

Des gens qui ont rendu possibles un certain développement et une certaine richesse de notre pays, pour le plus souvent des salaires de misère, et surtout la création de fortunes colossales (qui a l’époque, participaient un peu plus qu’aujourd’hui au financement de l’état).

Des gens qui, excusez-moi madame la marquise, méritent bien plus de respect que les parvenus issus d’écoles de commerce hyper élitistes et autres start-uppeurs dont notre société glorifie les performances et le sacrifice tous les jours.

Manque d’encadrement

« On ne les met pas au lit, on les jette »

Stagiaire / Hôpital / Homme

« On ne les met pas au lit, on les jette ». « Les » , c’est Leopoldine, 93 ans et plus toutes ses dents, que j’ai vue aujourd’hui en faisant le tour du service ce samedi. On ne se connait pas. Dans son dossier je vois qu’elle habite seule dans un appartement d’un immeuble avec un ascenseur (qui a le bonheur de fonctionner ces derniers temps). Elle a un fils mais il a un commerce dans le fin fond des Ardennes et il ne lui rend visite que les deuxièmes mardis du mois. ...

Leopoldine est atteinte de démence avancée.

Leopoldine n’a pas la force et l’énergie pour descendre de son immeuble, aller au Delhaize faire ses emplettes, porter son sac jusque chez elle… Et ne pas se tromper en rangeant le rôti dans le placard et les bougies au frigo (on lui pardonnera).

Elle n’a pas la force et elle n’a pas les moyens non plus. Elle se rend dans un restaurant social qui accueille en vrac les plus fragiles, jeunes et vieux.

Elle se retrouve à l’hôpital parce qu’un jour où elle était venue au restaurant, les employés ont remarqué une drôle d’odeur… Il faut dire qu’avec la démence, Léopoldine oublie vite qu’après avoir nettoyé son visage, elle doit aussi se laver le reste du corps mais avec son mal de dos ça devient dur.

Je vais la voir. Elle est recroquevillée au fond de son lit. Elle entrouvre les yeux : je l’ai dérangée. « Bonjour madame! ». Elle me regarde sans dire mot. Alors je me mets à son niveau et je demande si elle va bien, si elle respire bien, si elle n’a pas de douleur au niveau du thorax, si elle n’a pas de nausées ou de vomissements, si elle sait où elle est et quel jour nous sommes… Machinalement un peu. Un regard fixe dans mes yeux, sans réponse.

Puis je vois ses mains et je lui dis : « Vous avez de belles mains, madame, j’aurais aimé avoir les mêmes ! ». Là, elle me sourit et j’entends un petit ‘merci, vous êtes gentil’ sortir de ce petit visage parcheminé.

Pour tirer un sourire à Leopoldine, il m’a bien fallu m’asseoir 20 minutes à ses côtés.
Je pense à ce qui attend Léopoldine et certains de ses camarades après.

Dans certaines maisons de repos, par manque de personnel, par manque d’argent surtout, certainement pas par manque de dévouement des travailleurs, on demande de faire le coucher d’un résident en trois minutes et quarante secondes. D’ici la fin du texte, Léopoldine devra être mise au lit.

Tout ceci s’inscrit dans le contexte d’une privatisation à grande vitesse de ce qui est devenu un véritable ‘marché’ et très lucratif (on parle d’or gris). Pour donner une idée : l’un des grands groupes leader, en 2016, a fait plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 15,5 % de marge, un bénéfice de 38 millions d’euros, et il a doublé en cinq ans les dividendes versés à ses actionnaires. Une maison de retraite serait plus rentable qu’un centre commercial (1). Si Leopoldine savait l’or qu’elle a dans ses mains !

En 2019 à Bruxelles, 70% des institutions étaient privées (2), c’était 62% en 2014, c’était 40% en 1999 (3). La majorité, ce sont des grands groupes comme Orpea, Armonea, Senior Assist etc. (souvent étrangers, cotés en bourse et détenus par des fonds d’investissement… on parle bien de Leopoldine et non pas de kilos de mangue hein rappelons-le). Ceci s’est produit en partie par le rachat d’institutions publiques.
Conséquence de la privatisation, à Bruxelles, le prix de l’hébergement augmente. Les institutions commerciales sont en effet, dans l’ensemble, bien plus chères que les autres.
Or la plupart des hommes (et c’est encore pire pour les femmes) touchent une pension inférieure au montant moyen que coûte la vie dans une MRS.
On se retrouve donc avec des personnes qui n’ont pas le choix (vous vous voyez envoyer Leopoldine au Delhaize vous ?) mais qui n’ont pas de quoi joindre les deux bouts… que faire ?

Ah oui c’est vrai. À travers l’aide sociale des CPAS et la garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA) (4), il y a un transfert de la collectivité vers le privé qui s’effectue.

Bon ok, admettons, moi je veux juste que Leopoldine soit bien traitée et puisse avoir sa chambre en maison de repos, je suis prêt à payer, même si ça bénéficie à d’autres personnes…
Mais je pense que la logique de rentabilité influence tout de même ce qui est demandé au personnel de certains établissements (privés comme publics d’ailleurs).

« Dans certaines institutions, on demande aux aides-soignantes de réaliser jusqu’à 13 ou 14 toilettes par jour, dont celles de personnes parfois très dépendantes. Difficile dès lors de ne pas bousculer les ainés ! » (3).
Cela ressent aussi par les différents mouvements de grève qui traversent ces travailleurs (5 et 6), et ça ne touche bien évidemment pas que la Belgique, en atteste l’excellent article du Monde Diplomatique de ce mois que je vous exhorte à lire (7). Extrait : « On a perdu douze aides-soignantes en trois ans, s’insurge Mme Joseph-Edmond. La conséquence ? On nous oblige à faire de la maltraitance institutionnelle. Et ça, j’ai du mal à le dire, car je n’ai pas choisi ce métier par hasard. Pour les toilettes des résidents, on ne peut plus faire que du VMC (visage, mains, cul), et on ne peut même plus les doucher une fois par semaine. Les personnes Alzheimer ont besoin de calme et qu’on respecte leur rythme. On nous avait appris des méthodes de soins bienveillants. Maintenant, c’est fini. »

C’est indigne de mal traiter ses vieux, tout le monde est d’accord avec ce fait. Notre société est plus riche que jamais, c’est notre devoir de financer correctement des structures publiques et accessibles.
Moi je serai un futur vieux. Tout le monde le sera. Et j’aimerai bien que, plus tard, quelqu’un prenne le temps de me mettre au lit et puis me dise que j’ai de belles mains.

Sources :
1 : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/BAQUE/59613
2 : https://www.rtbf.be/…/detail_de-nombreuses-maisons-de-repos…
3 : http://inegalites.be/La-privatisation-des-maisons-de
4 : https://www.onprvp.fgov.be/…/benefits/igo/pages/default.aspx
5 : https://www.rtbf.be/…/detail_les-employes-des-maisons-des-r…
6 : https://www.rtbf.be/…/detail_maisons-de-repos-preavis-de-gr…
7 : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/BAQUE/59611

Manque d’encadrement